Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

17 - L’exil vers Médine

Après le second serment d’Aqaba, le Messager d’Allah (saw), autorisa à ses Compagnons l’exil vers Yathrib. Sur cette permission, les premiers à y émigrer furent Amir b. Rabia et son épouse Layla bint Hasma ; plus tard, les autres Compagnons commencèrent à quitter la Mecque regroupés en convois. Il convient de préciser au passage que s’y trouvaient quelques Compagnons qui avaient, auparavant, quitté la Mecque pour Médine. Il s’agissait d’Abou Salama al Makhzoumi et sa femme, partis avant les serments d’Aqaba et de Mous’ab b. Oumayr et Abdullah b. OummMaktoum, envoyés par le Prophète (saw) à la suite du premier serment d’Aqaba pour y prêcher l’Islam.

En général, l’exil se faisait secrètement. Car les polythéistes refusaient même aux Musulmans de quitter la Mecque, mettaient tout en œuvre pour empêcher leur exil en leur imposant diverses entraves et ils allaient même jusqu’à emprisonner certains Musulmans. Par exemple, lorsqu’Abou Salama et sa femme Oumm Salama se mirent en route vers Médine après leur retour d’Ethiopie à la Mecque et en prenant avec eux leur enfant Salama, la famille d’OummSalama ne les autorisa pas à partir. Pour cette raison, Abou Salama dut partir seul à Médine en laissant sa femme et son enfant à la Mecque. D’autre part, en réaction à ce refus de la famille d’OummSalama, celle d’Abou Salama retirèrent Salama de sa mère. Pendant un an, OummSalama versa des larmes en raison de la souffrance profonde que lui causa à la fois la séparation de son époux mais aussi celle de son enfant. Finalement, sa famille compatit et céda en l’autorisant à partir pour Médine. Quant à la famille d’Abou Salama, elle restitua Salama à sa mère. OummSalama prit son enfant et quitta la Mecque pour rejoindre, seule, Médine. En compagnie d’Othman b. Talha qu’elle croisa en route, elle parvint à Kouba et retrouva Abou Salama. Hicham b. As fit ses préparatifs pour le départ mais fut emprisonné après avoir été enchainé par les polythéistes et surtout par son père As b. Waïl. Ayyach b. Abou Rabia qui prit le chemin de l’exil parvint jusqu’à Kouba mais fut rattrapé par ses demi-frères maternels, Abou Jahl et Harith b. Hicham, qui arguèrent de l’affliction de sa vieille mère en raison de son départ et parvinrent à le ramener à la Mecque où ils le firent emprisonner. Hicham b. As et Ayyach b. Abou Rabia purent échapper des mains de polythéistes la 7ème année de l’Hégire (629 de l’ère chrétienne) et rejoindre Médine. Les Mecquois, informés du départ imminent de Souhayb b. Sinan al Roumi, refusèrent non seulement de lui rembourser ses créances mais saisirent ses biens. Pour pouvoir s’exiler, Souhayb n’eut d’autre choix que d’abandonner aux Mecquois toutes les économies qu’il avait pu accumuler jusqu’à ce jour. Sur ce point, l’exil d’Omar se distingue par sa forme singulière. Après avoir effectué des processions autour de la Kaaba et deux cycles de prières, il défia ouvertement les polythéistes avant de prendre son départ

À partir de la permission de s’exiler et dans un délai que l’on pourrait estimer court, la grande majorité des Compagnons s’installèrent à Yathrib ; il ne restait plus que le Prophète (saw) et Abou Bakr ainsi que leurs familles, Ali et sa mère et, d’autre part ceux qui n’avaient pas les moyens de s’exiler et ceux qui en furent empêchés. Pendant ce temps, Abou Bakr sollicitait le Messager d’Allah pour obtenir la permission de partir ; ce dernier lui répondant à chaque demande « Ne te hâte pas ! Il se pourrait qu’Allah le Très-Haut t’accorde un compagnon de route ».

Constatant le départ des Musulmans qui, au nom de leur foi, manifestaient une telle abnégation en abandonnant leurs demeures et leurs biens pour s’expatrier à Yathrib, les polythéistes de Quraysh commencèrent à craindre que Muhammad (saw) aussi les rejoigne un jour et qu’ensemble ils constituent un danger et une menace pour eux. Face à cette situation, ils se réunirent à Dar Al Nadwa pour établir une feuille de route et déterminer la stratégie à suivre. Dans cette réunion où ne figurait aucun membre de la tribu des Banu Hachim à laquelle appartenait le Prophète (saw), des propositions suggérant notamment l’exil forcé ou l’emprisonnement de Muhammad (saw) furent avancées. Finalement, sur la proposition d’Abou Jahl, ils décidèrent de le tuer et, pour éviter une future vengeance tribale de la part des Banu Hachim, de confier cette tâche, non pas à une seule personne, mais à un groupe constitué d’un représentant de chaque tribu. Informé de cette décision par la voie de la révélation, le Prophète (saw) s’empressa de se rendre auprès d’Abou Bakr et commença avec lui les préparatifs du départ. Ils s’accordèrent avec Abdullah b. Ouraykit afin qu’il soit leur guide. Ce dernier, bien qu’étant polythéiste, était un homme brave et digne de foi. Abou Bakr lui remit les deux chameaux qu’il avait au préalable préparés et se mit d’accord avec lui pour se retrouver au pied du mont Sawr. Afin de ne pas signaler son départ et de pouvoir restituer les biens qui lui avaient été confiés, le Prophète (saw) missionna Ali. Prenant la route au milieu de la nuit, le Prophète (saw) et Abou Bakr arrivèrent près d’une grotte qui se trouvait sur le mont Sawr, situé au sud-ouest de la Mecque, et s’y cachèrent. Pendant les trois jours qu’ils y passèrent, le fils d’Abou Bakr venait chaque nuit pour les informer des nouvelles de la ville. Par ailleurs, Amir b. Fouhayra, le berger qui avait la charge des moutons d’Abou Bakr, conduit son troupeau vers la grotte, leur apportant du lait et des vivres et, plus tard, prit avec eux le chemin de l’exil.

Les polythéistes de Quraysh furent déroutés lorsque, chez le Prophète (saw), ils tombèrent sur Ali au lieu de ce premier. Bien qu’ils le sommèrent d’indiquer où il se trouvait, ils n’obtinrent aucune réponse. Ils le battirent et après l’avoir détenu un certain temps, le relâchèrent. Ils allèrent ensuite chez Abou Bakr et tentèrent d’obtenir des informations de sa fille Asma. N’obtenant pas d’Asma de réponses à ses questions, Abou Jahl n’hésita pas à la brutaliser. Les polythéistes, ne trouvant aucune trace du Prophète (saw) à la Mecque et comprenant qu’il avait quitté la ville, se mirent à ratisser de toutes parts et envoyèrent des messagers autour d’eux. À un moment, ils arrivèrent près de la grotte de Sawr. Mais comme l’entrée de la grotte était, par la volonté d’Allah, recouverte d’une toile d’araignée, ils en déduisirent qu’il ne s’y trouvait personne et rebroussèrent chemin. Lorsque les polythéistes se trouvaient devant la grotte, le Messager d’Allah (saw) rassura Abou Bakr, qui fut saisi de peur à l’idée d’être repéré, par ces paroles mentionnées dans le Coran : « N’aie crainte ! Allah est assurément avec nous » (Tawba 9/40). Au terme des trois jours, Abdullah b. Ouraykit arriva à Sawr avec les chameaux, conformément à leur accord préalable. De Sawr, ils prirent la direction de Yathrib par les côtes. Afin de ne pas s’exposer à un éventuel danger, le convoi préféra un itinéraire différent de ceux connus et fréquemment empruntés, choisissant de temps à autres les chemins escarpés des collines ou le milieu du désert. Bien que les Qurayshites qui usèrent de divers moyens pour mettre la main sur Muhammad (saw), promirent cent chameaux à celui qui le capturerait, ils ne purent obtenir aucun résultat. Pour remporter la récompense promise par les Qurayshites, Souraka b. Malik, qui se mit à la recherche et qui excellait dans l’art de pister les traces, atteignit le convoi ; seulement, par miracle, les pattes de son cheval s’enfoncèrent dans le sable. Il tenta tellement de s’en extirper qu’il finit par renoncer à les poursuivre. Un danger similaire se manifesta sur les terres de la tribu Aslam. Le chef de la tribu, Bourayda b. Housayb, coupa le chemin du convoi mais après une courte discussion avec le Messager d’Allah (saw), lui et sa tribu embrassèrent l’Islam. Bourayda fit escorter le convoi jusqu’à que ce dernier quitte ses terres. Lorsqu’il parvint au point nommé Jouhfa, où se croisent la route d’exil et celle des caravanes, le Messager d’Allah (saw) se souvint de la route de la Mecque et la nostalgie de cette ville s’emparant de lui, il en éprouva de la tristesse. C’est ici que fut révélé le verset lui annonçant la bonne nouvelle qu’après son exil forcé de la Mecque pour fuir l’oppression à laquelle il fut soumis, il y sera ramené après avoir été assuré d’une supériorité sur ses ennemis (Qasas 28/85). Pendant l’exil, il y eut aussi des évènements plus heureux. Par exemple, afin de se procurer quelques vivres, le convoi passa auprès de la tente dans laquelle se trouvait OummMa’badAtiqabint Khalid. Là, le Prophète (saw) commença en invoquant le nom d’Allah à traire une chèvre qui était maigre au point de ne pouvoir se joindre au troupeau et qui ne donnait plus de lait. La chèvre fournit une quantité de lait supérieure à ce dont pouvaient avoir besoin ceux qui se trouvaient là-bas. Plus tard, à son époux qui rentrait, OummMa’bad raconta la scène et, à sa demande, elle décrit le Prophète (saw) dans une langue éloquente. Ses paroles furent le thème d’une littérature dans les enluminures et parvinrent jusqu’à nos jours.

Les Musulmans de Yathrib avaient appris le départ du Noble Messager (saw) de la Mecque et s’étaient inquiétés de son retard. Chaque matin, ils grimpaient sur le lieu-dit Harra qui se trouvait sur la route de la Mecque et guettaient sa route jusqu’au moment où la chaleur s’intensifiait. Ils firent de même le lundi 8 de Rabi’ Al Awwal (20 septembre 622) et rentrèrent chez eux lorsqu’une jeune juive, qui se trouvait sur le toit d’une maison de trois étages, apercevant le convoi qui s’approchait, comprit qu’il s’agissait du voyageur tant attendu et cria à haute voix pour le faire savoir. À cette annonce, les Musulmans accoururent vers Harra pour accueillir le Noble Messager (saw). Le Prophète (saw) fut convié chez Koulthoum b. Khidm à Kouba qui se trouve à une heure de Yathrib. Il resta quelques jours dans ce hameau et y fit construire une mosquée. Pendant ce temps, Ali, qui avait restitué à leurs propriétaires les biens que le Prophète (saw) lui avait confiés et qui avait, également sur ses ordres, quitté la Mecque, arriva à Kouba et y rejoignit le Prophète (saw), se cachant le jour et faisant route la nuit. Certaines traditions rapportent qu’avec Ali, arriva également à Kouba sa mère, Fatima bint Asad, SawdabintZam’a, l’épouse du Prophète (saw), ses filles, Fatima et OummKoulthoum, ainsi que la famille d’Abou Bakr. Avec cela, il est aussi mentionné que la famille du Prophète (saw) et celle d’Abou Bakr arrivèrent en compagnie de Zayd b. Haritha et Abou Raf’i, envoyés plus tard de Médine. Le vendredi 12 de Rabi’ Al Awwal (24 septembre 622), le Prophète (saw) quitta Kouba à destination de Yathrib, avec ses compagnons. Lorsque vint l’heure de la prière du Vendredi, il fit une halte chez la tribu de Salim b. Awf dans la vallée de Ranouna ; il prononça le sermon et dirigea la prière. Dans ce sermon, le Messager d’Allah, après avoir louangé Allah, rappela que les hommes devront nécessairement rendre des comptes dans l’au-delà, que chacun sera tenu responsable de ceux qui se trouvaient sous ses ordres, que rien ne sera utile à l’homme à l’exception de ses bonnes actions et il leur recommanda de rivaliser dans le bien sans sous-estimer les plus petites actions afin de se préparer pour le jugement dernier. Le Prophète (saw) qui se dirigea vers Yathrib après la prière fut accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par les citadins. C’est une ambiance de joie et de fête sans précédent qui régnait à Médine. Tous, du plus jeune au plus âgé, femmes et enfants qui s’étaient alignés des deux côtés de la route, accueillaient avec allégresse le noble Messager d’Allah. Au même moment, résonnaient les tambours et l’émotion était exprimée par les vers suivants : La pleine lune s’est levée sur nous, depuis les collines d'al-Wadâ / La gratitude s’impose à nous, à chaque fois qu’un appel à Allah est lancé / Ô Toi qui as été envoyé parmi nous / Avec un commandement auquel nous obéirons / Tu es venu et tu as honoré notre cité. Sois le bienvenu ! Ô toi le meilleur des prédicateurs ». Chacun souhaitait recevoir le Messager d’Allah dans sa demeure, l’invitant avec beaucoup d’insistance. Le Messager d’Allah (saw) saluant et remerciant le gens du dos de sa chamelle Qaswa, entra dans la ville en leur proposant d’être l’hôte de la demeure près de laquelle sa chamelle s’agenouillerait. Et il fut l’hôte d’Abou Ayoub Al Ansari (Khalid b. Zayd). Ainsi s’acheva l’ère éprouvant et douloureux de la Mecque et s’ouvrit une nouvelle page dans l’histoire de l’Islam. Désormais, Yathrib commença à être désignée par  Madina al Rassoûl qui signifie ville du Prophète ou Madina al Mounawwara.

Les sources fournissent des dates différentes à propos de la sortie du Prophète (saw) de la Mecque, son arrivée à Kouba et son entrée à Médine. Après analyse de ces différentes sources il apparait que les Mecquois décidèrent de l’assassinat du Prophète (saw) le jeudi 26 Safar (9 septembre 622), que ce dernier, informé de la situation, prit la fuite la même nuit pour se cacher dans la grotte de Sawr, qu’il y demeura du 27 au 29 Safar (10-12 septembre 622), qu’il reprit ensuite la route le lundi 1 Rabi’ Al Awwal (13 septembre 622), qu’il atteignit Kouba le lundi 8 Rabi’ Al Awwal (20 septembre 622) et qu’il entra à Médine le vendredi 12 Rabi’ Al Awwal (24 septembre 622).

 

 

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