Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

36 - La bataille de Tabouk

En l’an 9 de l’hégire (630 après J.C.), des nouvelles arrivèrent à Médine selon lesquelles, Héraclius, l’empereur de Byzance, avec le soutien de ses alliés parmi les tribus arabes chrétiennes telles que les Lahm, les Jouzam, les Amila et les Ghassanides, avait commencé des préparatifs de guerre contre les Musulmans. Aussitôt, et malgré la sécheresse et l’état de famine persistante, le Prophète (saw) entama les préparatifs de guerre. Son but était de réprimer les attaques ennemies sur place et d’écarter ainsi un éventuel danger. Dans le Coran (cf. Tawba 9/38-106) et dans les sources de l’histoire de l’Islam, concernant les informations relatives aux préparatifs de guerre dans la société musulmane, il apparait que Byzance qui avait infligé une écrasante défaite aux Sassanides, était considéré par les Musulmans, comme une véritable puissance qu’ils prenaient très au sérieux. En effet, le Prophète (saw), qui tenait en général secret la destination lorsqu’il lançait une expédition, annonça cette fois ouvertement que l’objectif était l’armée byzantine car la route était longue et l’ennemi était grand et puissant. Par ailleurs, la saison était très chaude et c’était la période des récoltes.

Lors des préparatifs, nombre de Compagnons, notamment Othman, apportèrent d’importantes contributions destinées à équiper l’armée musulmane. Othman donna 1.000 montures et, qui plus est, équipa 10.000 soldats en dépensant pour chacun une pièce d’or. Abdurrahman b. Awf et Talha b. Zoubayr firent une importante quantité de dons. Omar offrit la moitié de son patrimoine et Abou Bakr fit don de l’intégralité de ses biens. À peu près tous firent preuve d’une grande abnégation et d’émulation dans le soutien à l’armée musulmane.

Comme toujours, à côté des Musulmans sincères, dévoués et laborieux, une fois encore, les hypocrites ne se privèrent pas de semer la zizanie. Ils tentèrent de saper le moral des Musulmans en leur rappelant la puissance de Byzance de l’aberration à vouloir partir en expédition pendant cette saison de chaleur, disette et sécheresse. À l’opposé, il y avait aussi des Musulmans sincères qui pleuraient de ne pouvoir trouver une monture, en raison de leur indigence, et par conséquent de ne pouvoir participer à l’expédition.

Avec une armée de 30.000 hommes, dont 10.000 cavaliers, constituant la plus grande armée préparée de son vivant, le Noble Messager (saw) avança jusqu’à Tabouk, situé à une distance de 700 km au nord de Médine sur la route de la Syrie, et y installa son quartier général  (Rajab 9/Octobre 630). Il y resta quinze-vingt jours mais aucune armée byzantine ne fut croisée. Lors de son séjour à Tabouk, le Prophète (saw) envoya, dans le but d’appeler à l’Islam, des unités vers des tribus qui résidaient sur une large plaine en direction de l’ouest et dont la plupart était chrétienne et une partie juive dont Jarba, Ayla, Azruh, Makna et Maan. Leurs représentants vinrent faire savoir qu’ils ne souhaitaient pas embrasser l’Islam mais qu’ils étaient disposés à verser l’impôt (jizya) ; ainsi, acceptèrent-ils d’être les sujets de l’Etat musulman à condition que leurs personnes, leurs biens et leur liberté de conviction soit sous protection. Le Messager d’Allah (saw) fit rédiger pour chacune de ces centres d’habitation un texte du contrat qu’il leur fit remettre. Entre-temps, la troupe de 400 hommes sous le commandement de Khalid b. Walid avait été envoyé à Doumat al Jandal qui était un centre important situé sur la route d’Irak. Khalid s’empara de la forteresse de Doumat al Jandal et fit prisonnier Ouqaydir b. Abdelmalik, l’émir chrétien qui manifestait son hostilité aux Musulmans, et le ramena au Prophète (saw). Ce dernier conclut avec lui un accord autorisant Oukaydir à rentrer chez lui à condition de verser la jizya. Ainsi, par le versement de la jizya, la reconnaissance de  l’autorité de l’Etat musulman par la population de Doumat al Jandal fut établie.

Il est rapporté que le Prophète (saw) qui se trouvait à Tabouk envoya, pour la deuxième fois, par l’entremise de Dihya b. Khalifa al Kalbi une lettre d’invitation à l’Islam à Héraclius, l’empereur byzantin qui se trouvait, à ce moment, d’après la source, à Homs ou Damas. Dans la lettre, il était proposé à l’empereur soit d’adhérer à l’Islam, soit de verser la jizya ou alors de choisir la guerre et avec cela il lui était demandé, au moins, de ne pas faire obstacle à ceux qui, parmi sa population, viendraient à choisir l’Islam. À réception de la lettre, l’empereur, après s’être concerté avec son entourage religieux et militaire, envoya au Prophète (saw) un messager, membre de Banu Tanuh parmi les tribus arabes chrétiennes. L’émissaire fut accueilli, dans les limites prescrites par les conditions du voyage, et il lui fut offert, de la part d’Othman, une tenue de grande valeur, en guise de présent.

La bataille de Tabouk qui fut la dernière à laquelle le Prophète (saw) participa en personne, fut une rude épreuve pour les Musulmans et en référence au verset (Tawba 9/117) indiquant qu’elle fut menée dans une période difficile (sa’at al ousra), l’armée qui y participa fut appelée « Jaych al ousra » qui signifie « l’armée des moments difficiles ». Dans le Coran, nombre de versets concernent la posture des Musulmans qui y participèrent ou, avec ou sans motif, n’y participèrent pas et celles des hypocrites qui, en plus de ne pas avoir apporté leur soutien à l’armée, tentèrent de dissuader les volontaires d’y participer (cf. Tawba 9/38-106, 117-118)

De retour à Médine après l’expédition de Tabouk, le Prophète (saw) se rendit au Masjid al Nabawi et, après avoir effectué une prière de remerciement, reçut les vœux de ceux qui, pour quelque raison, n’avaient pu participer à la bataille. Il fit mine d’accepter également les vœux des hypocrites qui avancèrent diverses excuses pour justifier leur non-participation à la bataille. En réalité, ils forgeaient des prétextes et mentaient (Tawba 9/94-97). Entre-temps, Ka’b b. Malik, l’un des fameux poètes du Messager d’Allah (saw), Hilal b. Oumayya, qui avait combattu à Badr et Mourara b. Rabi’ n’avaient pas, par négligence, participé à l’expédition alors que leurs moyens matériels et leur santé le permettaient et qu’ils n’avaient aucun motif légitime. Ceux-là vinrent auprès du Prophète (saw) et avouèrent ce fait. Le Prophète (saw) se comportant avec eux avec une extrême froideur, leur demanda d’attendre jusqu’à qu’arrive le jugement d’Allah à leur sujet ; il interdit aux autres Musulmans de leur adresser la parole et, après un certain temps, il leur ordonna de se tenir à l’écart de leurs épouses. Cette situation fut très péniblement vécue par eux. Ils furent contraints de rester cloitrés dans leur solitude et n’osèrent plus regarder les gens en face. À tel point d’ailleurs qu’ils disaient « si le sol se fendait et que nous puissions y entrer et disparaitre ». Ainsi, perdant leur boire et leur manger, ils passèrent des jours à pleurer et implorer Allah. Finalement, les versets qui furent révélés après cette mise en quarantaine qui dura cinquante jours, annoncèrent, tout en décrivant leurs états d’âme, qu’Allah les avait pardonné et accepté leur repentir (Tawba 9/118). Ce pardon divin réjouit beaucoup, à commencer par ces trois Compagnons, le Prophète (saw) et les autres Musulmans. Suite à l’acceptation de son repentir, Ka’b b. Malik décida de faire don de tout son patrimoine aux pauvres mais le Messager d’Allah (saw) lui indiqua qu’il était plus louable d’en conserver une partie. Aussi, se réservant son terrain situé à Khaybar, il fit don de tout le reste.

Après son retour de Tabouk, une des actions que le Prophète (saw) mena fut la démolition de Masjid Dirar, le fameux édifice que les hypocrites avaient fait construire en tant que siège de complots contre les Musulmans. Alors qu’il était occupé aux derniers préparatifs de l’expédition de Tabouk, un groupe parmi les hypocrites vint annoncer au Prophète (saw)qu’ils avaient construit une mosquée afin de permettre, lors des nuits pluvieuses et froides, aux personnes âgées, aux malades et handicapés de venir prier et lui demandèrent d’y venir leur guider la prière afin de l’inaugurer. Le Prophète (saw), leur indiquant qu’il partait en expédition, leur fit savoir qu’il guiderait la prière à son retour. À son retour de l’expédition de Tabouk, lorsqu’il fit, avec son armée, une halte à Zouevan, certains hypocrites vinrent et voulurent emmener le Messager d’Allah (saw) dans leur mosquée afin de lui faire guider la prière. À ce moment, des versets furent révélés à propos de cette prétendue mosquée et des intentions de ceux qui le firent construire (Tawba 9/107-110). Ces versets soulignaient que ceux ayant construit cette mosquée étaient des menteurs et que leurs intentions étaient de nuire aux croyants, de nier la vérité et de semer la division parmi les croyants. En outre, ce lieu y étant décrit comme Masjid Dirar (mosquée de la nuisance, la division et l’hypocrisie), il lui était absolument proscrit d’y prier et, contre cela, il y était indiqué qu’il lui serait préférable de prier dans une mosquée construite sur la base de la foi (Masjid Kouba ou Masjid Nabawi). Ainsi, lorsqu’il apparut au grand jour que ce lieu appelé mosquée n’était autre que le siège des complots et de la sédition construit contre les Musulmans, le Prophète (saw) missionna deux Compagnons et la fit démolir.

 

Commentaires

 
Aucun message. Cliquez pour ajouter un commentaire