Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

4 - L’enfance et la jeunesse de Muhammad (saw)

Après sa naissance, Muhammad (saw) demeura un certain temps auprès de sa mère Amina et, plus tard, il fut, selon l’usage en vigueur, confié à une nourrice. La raison principale qui poussait à confier les enfants à des nourrices résidait dans la volonté de leur permettre de grandir dans l’air pur du désert, plus sain que l’atmosphère de la ville, et d’y apprendre, par ailleurs, lors de l’acquisition du langage, un arabe plus éloquent.Conformément à cet usage, le Prophète (saw) fut confié aux soins de Halima bint Abou Zouayb du clan de Sa’d b. Bakr de la tribu des Hawazin. Lors d’une année de disette, Halima s’était rendue à la Mecque avec son époux et les autres femmes bédouines qui tiraient leur subsistance de leur activité de nourrice et n’avait pu trouver, comme il est généralement souhaité, l’enfant d’une famille aisée. Lorsqu’elle apprit que Muhammad était orphelin, elle fit preuve d’hésitation à le prendre mais pour ne pas retourner de la Mecque les mains vides, elle se résigna à l’emmener avec elle pour être sa nourrice. Deux ans plus tard, Muhammad (saw) fut ramené par sa nourrice, Halima, à la Mecque mais, constatant les effets bénéfiques de l’air du désert sur son enfant ou, d’après certaines traditions, en raison d’une épidémie de peste qui sévissait à la Mecque, Amina avait souhaité que son fils restât encore un certain temps auprès de Halima. Après être demeuré jusqu’à l’âge de quatre ou cinq ans auprès de sa nourrice, Muhammad (saw) fut ramené à la Mecque et remis à sa mère. Le père nourricier du Prophète (saw) était Harith b. Abdulouzza, et ses frères et sœurs de lait, Abdullah, Ounaytha et Chayma. D’après la tradition, après avoir pris Muhammad (saw) à leurs côtés, Halima et Harith connurent une période d’abondance et de bénédiction ; leurs chamelles ainsi que leurs brebis commencèrent à donner plus de lait qu’auparavant. Par ailleurs, les sources mentionnent que l’évènement nommé Chaqq Al Sadr se produisit lors de la période pendant laquelle Muhammad (saw) résidait auprès de sa nourrice. Selon cette tradition, deux anges vinrent et fendirent la poitrine de Muhammad (saw), y retirèrent son cœur pour le purifier de toute souillure et,après l’avoir lavé avec une eau céleste, le replacèrent dans sa poitrine. Il est rapporté que Halima et Harith qui étaient au fait de cet évènement et qui, depuis le début, furent témoins des faits surnaturels concernant Muhammad (saw), éprouvèrent de la crainte de ne pouvoir y apporter des explications et commencèrent à penser qu’il serait plus juste de restituer l’enfant  à sa famille.

Lorsque le Prophète (saw) atteignit l’âge de six ans, sa mère, Amina, l’emmena à Yathrib en compagnie de sa servante Oumm Ayman. Là, ils visitèrent à la fois la tombe d’Abdullah, ainsi que les membres des Banu Najjar qui étaient considérés comme les oncles de la famille de par la mère d’Abdulmouttalib. Lors de son retour à la Mecque après être demeurée près d’un mois à Yathrib, Amina tomba malade à Abwa, située à près de 190 km de Médine, et décéda jeune. On raconte qu’avant sa mort elle dit, tout en regardant son petit : « Tout vivant meurt. Toutes les choses neuves vieillissent. Toute abondance s’amenuise. Tout grand disparait. Assurément, je vais mourir aussi mais je resterai continuellement gravée dans les mémoires. Car je laisse au monde mon enfant comme gage d’un avenir heureux ». Le Prophète (saw) qui se retrouva orphelin avec la disparition de sa mère fut ramené par Oumm Ayman à la Mecque et confié à son grand-père Abdulmouttalib. Plus tard, à la sixième année de l’hégire (628 après J.C.), le Prophète (saw) se rendit à Abwa et y visita la tombe de sa mère. Ajustant de sa main la tombe, il versa des larmes au souvenir de la tendresse et de la miséricorde de sa mère. Emus par son attitude, les Compagnons aussi ne purent retenir leurs larmes et pleurèrent avec lui.

Abdulmouttalib portait une attention particulière à l’endroit de Muhammad (saw), souvenir de son fils bien-aimé, Abdullah, qu’il avait perdu jeune. Il prenait son repas avec lui, le faisait asseoir de temps à autre sur son tapis à l’ombre du mur de la Kaaba, le prenait à ses côtés lorsqu’il présidait les réunions qui se déroulaient à Dar Al Nadwa et, à travers tous ses comportements, s’efforçait de ne pas lui faire ressentir l’absence de tendresse et d’amour paternels. Abdulmouttalib, dont l’âge dépassait les quatre-vingt, mourut peu de temps après avoir confié la charge et la protection de son petit-fils, Muhammad (saw), qui avait alors huit ans, à son oncle, Abou Talib. Ce dernier était le seul frère du père du Prophète (saw), Abdullah, issu de même père et mère. Abou Talib aima son neveu plus que ses enfants, il crut en son destin providentiel et consacra beaucoup d’efforts pour son éducation. Il le prenait à ses côtés lors de certains voyages. À ce titre, alors que Muhammad (saw) avait neuf (ou douze) ans, lorsque son oncle décida d’effectuer un voyage commercial en Syrie, il voulut l’y accompagner. Sur l’insistance de son neveu à ce sujet, Abou Talib le prit avec lui. La caravane fit une halte à Bosra, sur les terres syriennes.Là, un moine du nom de Bahira, vivant dans un monastère, invita les membres de la caravane à un repas.Bahira, après avoir informé Abou Talib que Muhammad (saw) était le prophète dont la venue était annoncée dans l’Evangile, l’avertit des dangers qui pourraient le menacer et le conseilla de bien veiller à sa protection. Aussi, Abou Talib annula son voyage sur-le-champ et retourna à la Mecque.

Il est notoire qu’à l’âge de dix ans, Muhammad (saw) travailla comme berger un certain temps afin d’aider son oncle Abou Talib à subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Lors de la période de sa mission prophétique, faisant référence à ce souvenir, il déclara « Il n’est pas de prophète qui n’ait été berger ». À la question des Compagnons qui se trouvaient autour de lui « Ô Messager d’Allah, vous aussi avez été berger ? », il avait répondu « Oui, moi aussi j’ai été le berger des Mecquois ».

Fatima bint Assad, l’épouse d’Abou Talib, se montra plus attentionnée à l’égard de Muhammad (saw) qu’elle ne le fut à l’égard de ses enfants. Lorsqu’il fut adulte, le Prophète (saw) n’oublia jamais les bienfaits de sa tante. Il lui rendait visite dans sa demeure de Médine et, de temps à autres, y faisait la sieste. Lorsqu’elle décéda, il en fut très affecté, il fit de sa chemise son linceul et guida lui-même sa prière funéraire.Exprimant la douleur que sa mort suscitait chez lui il manifestasa reconnaissance en déclarant : « J’étais un orphelin qui avait besoin de sa protection. Elle me rassasiait alors même que ses propres enfants étaient affamés. Elle me peignait les cheveux en négligeant ceux de ses enfants. Elle était comme ma mère.» Même après qu’il fut investi de sa mission prophétique, Abou Talib fut aux côtés de son neveu pour le soutenir et, bien qu’il laissât nombre de ses insistants appels l’invitant à embrasser l’Islam sans réponse, il employa tous les moyens pour le protéger.

C’est un fait notoire que pendant la période du paganisme, pour diverses raisons, des guerres éclataient régulièrement entre les tribus arabes. Au point d’ailleurs que même durant les mois sacrés, où l’effusion de sang était proscrit (Dhou al Qi’da, Dhou al Hijja, Mouharram, Rajab), des conflits pouvaient survenir. Comme elles se produisaient pendant les mois sacrés, ces guerres étaient appelées guerre de Fijar. Pendant sa jeunesse, le Prophète (saw) aussi dut participer à ce type de conflit. Parmi les diverses traditions qui relatent ce fait, l’avis le plus prépondérant considère qu’il prit part avec ses oncles dans le violent conflit qui éclata entre les tribus alliées Quraysh-Kinana et celles de Qays-Aylan mais qu’il ne combattit pas en personne sur le terrain, se limitant à protéger les biens de ses oncles et leur remettre les flèches qu’il ramassait après les avoir interceptées avec un bouclier. On rapporte qu’il avait alors l’âge de quatorze, quinze, dix-sept ou vingt ans.

Alors qu’il avait atteint l’âge de vingt ans, Muhammad (saw) participa à une réunion organisée à l’occasion de pacte nommé Hilf al Foudoul. Organisée à l’initiative de l’oncle du Prophète (saw), Zoubayr b. Abdulmouttalib, pour faire face aux injustices faites aux personnes impuissantes et sans défense qui se rendaient à la Mecque pour le pèlerinage ou le commerce, ainsi que pour désamorcer les fréquents conflits intertribaux, la réunion se tint sous la direction d’Abdullah b. Joud’an al Taymi qui se trouvait être le chef de tribu le plus riche, le plus âgé et le plus influent de la Mecque. Ceux qui prirent part à cette initiative qui signifiait « le serment des vertueux », jurèrent qu’ils protégeraient quiconque, citadin ou étranger, viendrait à subir une injustice, qu’ils agiraient comme un seul corps jusqu’à ce que justice soit faite et qu’ils seraient matériellement solidaires les uns des autres. Même après sa mission prophétique, le Noble Messager (saw) avait évoqué ce pacte en des termes élogieux et avait déclaré : « J’avais participé à un pacte qui avait eu lieu dans la demeure d’Abdullah b. Joud’an tel que je ne m’y serais soustrait, même en échange des beaux chameaux roux. Aujourd’hui, si j’étais encore invité à un tel pacte, je m’y rendrais sans hésitation ».

D’après ce que rapporte Baladhuri, dans la période islamique, Abou Jahl refusa de payer la marchandise qu’il avait achetée à un membre de la tribu d’Arach.Un polythéiste qui était au fait de l’hostilité d’Abou Jahl vis-à-vis du Prophète (saw) montra à la victime, pour le tourner en dérision, le Prophète (saw) qui se trouvait alors à la Kaaba et lui indiqua qu’en le sollicitant, ce dernier pourrait récupérer son argent et le lui remettre. Aussi, le commerçant se rendit auprès du Prophète (saw) et, lui faisant part de sa mésaventure, sollicita son aide. Ce dernier se rendit avec lui jusqu’à la maison d’Abou Jahl et récupéra l’argent sans rencontrer la moindre opposition.

À l’instar de nombreux Qurayshites, Muhammad (saw) s’adonna au commerce. Débutant sa vie de commerçant en aidant Abou Talib qui faisait le négoce de tissus et de céréales, Muhammad (saw) continua sur cette voie pendant les années de vieillesse de son oncle. Il est notoire que pendant cette période, Muhammad (saw) entreprit plusieurs voyages de commerce dans divers lieux.Il fut établi qu’il se rendit à la foire de Houbacha lors de son adolescence, une ou deux fois au Yémen, aux foires de Mouchakkar et Daba à l’est de l’Arabie, voire même en Abyssinie. Grâce à ces voyages, il apprenait,d’une part, les rudiments de la vie de commerçant et, d’autre part, trouvait l’occasion de découvrir de près les langues, les dialectes, les situations religieuses, politiques et sociales des gens vivant dans les diverses contrées de l’Arabie. Les sources sont unanimes à reconnaitre qu’en vertu du fait qu’il mena une vie vertueuse en restant exempt des vices les plus répandus de la période du paganisme, qu’en plus d’être réputé dans son entourage par sa chasteté, sa bravoure, sa clémence et son amour de la vérité, Muhammad (saw), qui arrivait à l’âge de vingt-cinq ans, fut connu,de par la rectitude morale et la confiance qu’il inspirait dans ses affaires de négoce,par le surnom de « Muhammad al Amin » ou seulement « Al Amin ». Parmi les négociants mecquois, Qays b. Saïb, après avoir indiqué qu’il avait réalisé de nombreuses transactions commerciales avec Muhammad (saw) et qu’il n’avait jamais connu de partenaire plus intègre que lui, déclara : « Lorsqu’il partait en voyage de commerce, il arrivait que je lui confie certaines affaires. Lorsqu’il revenait de voyage, il ne rentrait pas chez lui sans me rendre des comptes jusqu’à que je sois pleinement satisfait. Par contre, lorsque c’est moi qui partait en voyage et qu’il me confiait une affaire, lors de mon retour, les gens m’interrogeaient sur les points concernant leurs affaires respectives tandis que lui se contentait de s’enquérir de mon état de santé. »

 

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