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À la rencontre des musées : Les objets religieux dans les lieux séculaires

Nous avons questionné Betül Çakırca, historienne de muséologie et chercheur, à propos des problématiques que nous avons beaucoup entendues telles que l’exposition de l’Art Islamique, l’exposition du sacré dans les musées. Bien que le musée soit un établissement séculaire où devons-nous mettre l’art de l’Islam dans le musée, les expositions de l’Amour du Prophète, les Reliques Sacrées ? Toutes ces questions nous les avons posées à Betül Çakırca qui nous a résumés avec ses points principaux ce sujet très long et assez complexe auquel nous sommes étrangers, elle nous l’a raconté avec une méthode fluide et des exemples intrigants.

Pour une personne ayant gagné une certaine familiarité avec ces œuvres dans les mosquées ou dans les différents lieux de culte musulmans, quel type de changement peut-elle vivre dans le monde de pensées lorsqu’elle rencontre ces œuvres dans les musées, les galeries ou dans la collection d’un célèbre homme d’affaire ? Est-ce semblable de voir le poil de la barbe du Prophète (saw) dans le musée de Topkapi et de lui rendre visite après avoir écouté le Mawloud (chants récités en l’honneur de la naissance du Prophète Muhammad (saw)) dans la mosquée ? Peut-on faire développer une posture commune, une décence commune ? Les objets sacrés sacralisent-ils le lieu séculaire où ils sont exposés ? Un visiteur musulman et un visiteur non-musulman ont-ils le même comportement face à ces œuvres ? Doit-il être le même ?

« L’Exposition du Sacré » en tant que notion ne nous est pas très connue. Dans le monde et chez nous, quand et comment  cette notion d’exposition du sacré est apparue ?

« L’Exposition du Sacré » en tant que notion est pour nous nouveau et, c’est une question qui n’est pas très débattue non plus. De toute façon, au sens moderne et au niveau de l’exposition elle s’est développée à partir de la deuxième moitié du 18ème siècle.

Rassembler les objets ayant un sens pour soi, les collectionner, les conserver n’est pas une nouvelle chose. Lors du Moyen Âge, même si ce n’était pas dans le sens moderne, il y avait un comportement de collectionneur. Au niveau sacré, il y a par exemple chez nous « les Reliques Sacrées ». Dans les mosquées, à certains moments, on expose la Sainte Tunique du Prophète (saw), et le poil de sa Sainte Barbe. D’autre part, il y a des tableaux de calligraphie ainsi que divers objets ornant les lieux et donnant des messages dans les lieux de culte.  

Quant à l’Europe, avant la renaissance dans les églises et les monastères, nous savons que les objets vus sacrés étaient en vogue. Ces objets augmentaient la valeur de ces lieux aux yeux des gens. Par exemple, la dent de la baleine ayant avalé le Prophète Younous (Jonas)(as) a peut-être été prise d’une baleine ayant échoué sur les côtes de la Mer du Nord mais, il est cru qu’elle a été amenée des terres sacrées. Ou bien les os des saints. Nous pouvons donner de nombreux exemples semblables. Ces objets sacralisent la cathédrale, le monastère c’est-à-dire le lieu dans lequel ils se trouvent et, ils sont utilisés pour attirer davantage les Chrétiens. Avec la renaissance, un nouveau type de collectionneur appelé « cabinet de curiosités » apparaît. Les objets impressionnants, rares et beaux ramassés davantage dans les églises et les différents endroits continuent à être accumulés dans ces collections personnelles. De toute façon, la plupart de ces collections prémodernes présentes dans ces musées sont des objets sacrés. Que ce soit les objets pris de ses cabinets, les tableaux apportés des églises, les statues, ils sont tous en fait sacrés mais, le problème de « l’exposition du sacré » commence à être un sujet de conversation lors de la période postcoloniale avec les approches globales. Avant ceci, il n’y avait pas ce type de débat, et en Turquie non plus.

Au début du mouvement muséographique, y avait-il une classification art de l’Islam ou « Islamique » dans les musées occidentaux ?

En principe, ce mouvement muséographique commençant lors de la première moitié du 19ème siècle ne fait pas sujet de l’art Islamique au départ. En effet, le terme « art Islamique » n’est pas tout à fait formé. Dans les musées de la deuxième moitié du 19ème siècle, les œuvres de l’art Islamique commencent à être plus voyant, ils sont cités dans les catalogues avec des termes tels que « Art Mohammadien », « Art Sarrasins » ou alors avec des termes désignant les nations tels que « Art Iranien », « Art Arabe ». Ces œuvres commencent à prendre leur place dans le marché de l’art. « Les biens de l’Orient » auparavant en vogue en Occident en tant qu’objet de consommation avec des passions d’orientaliste rentrent enfin dans les ventes aux enchères, ils sont inclus dans les expositions, ils commencent à voir de l’intérêt par les musées et les collectionneurs. L’histoire de l’Art Islamique gagne sa place dans le domaine de l’histoire de l’art et, il devient dans ce domaine le sujet de débats continuant jusqu’à nos jours. Un des plus anciens débats est la question : l’art Islamique est-il un art « religieux » ou pas ? Ici, l’interdiction de figuration en Islam alimente les débats aux sujets tels que le contexte historique d’une partie des œuvres formant un tout avec les lieux religieux. Sur ce point, le sujet de l’exposition de l’art Islamique se croise avec les débats sur l’exposition du sacré.

D’un autre côté, de nos jours de nombreux objets (œuvres) formant les collections de l’Islam ont été ramassés dans le temps dans les lieux de fondation. Ces œuvres étaient des objets au service des gens dans les différents lieux de fondation. Celles-ci ont été rassemblées et placées sous protection tout d’abord dans le Musée Ottoman puis dans le Musée des Œuvres Turques et Islamiques ce qui est une question de sécurité et une question de représentation de la civilisation de l’Islam et, ceci coïncide juste à la période où les œuvres de l’Islam ont commencées à être davantage vues dans les musées et expositions Européens. Le fait que ces œuvres sont amenées des endroits auxquels elles ont été données pour les musées, dépôts et salons d’exposition n’a pas fait élever de voix opposantes. Les  cas de vols croissants envers les œuvres de fondation et le fait de l’impossibilité de protection contre les vols et les diverses dégradations environnementales et les conditions de guerre de l’époque ont probablement favorisé l’acceptation de ce mouvement de muséification.

Le débat « Y a-t-il dans l’Islam du sacré ou pas » continue toujours. Et, ce débat est réalisé sur les débats Européens à propos du « sacré ». D’un autre côté, le terme « Art Islamique » n’est toujours pas  défini, c’est un terme aux limites non marquées et, ce terme n’étant débattu dans le contexte des musées, les débats sur les sujets complexes tels que l’exposition du sacré et bien d’autres n’ont pas lieu.

Mettons maintenant de côté la question de l’exposition du sacré, selon vous dans les dernières années, quelles sont les bases des faits comme la mise en avant de l’art Islamique et l’ouverture de galeries de l’Islam dans les musées ?

Je vais vous parler d’une évolution intéressante. Le musée est en même temps un média. Et, lorsqu’on évalue le musée comme un média, c’est-à-dire un lieu pouvant avoir des relations, recevant et envoyant des messages, nous voyons l’exemple du 11 Septembre. Après l’évènement du 11 Septembre, malgré que les médias occidentaux montraient l’Islam comme une cible et accentuaient sans arrêt le terrorisme islamiste, les musées occidentaux ont exposé une attitude contraire en étant une partie du même média.    

Qu’est-ce que cela veut dire, pouvez-vous expliquer ?

Voilà ce qui s’est passé, suite au 11 Septembre, la curiosité des gens a augmenté d’une manière ironique et inattendue envers les galeries de l’Islam. Tout comme l’augmentation de la vente du Saint Coran. Ils ont voulu apprendre l’Islam qu’ils entendaient sans arrêt accompagné du mot terreur. Ils étaient curieux. Ainsi, avec le 11 Septembre, l’Islam et les Musulmans sont rentrés dans leur actualité.

Les débats sur l’art Islamique s’animèrent à nouveau, autant que pour la première fois, comme au 19ème siècle à la période où les orientalistes avaient des comportements obsessifs. Dans les musées, alors que le nombre de visiteurs augmentaient et les questions commençaient à venir, différents grands musées - de Metropolitan jusqu’au Louvre - restaurèrent, renouvelèrent ou développèrent les collections de l’Islam dans leurs galeries. 

C’est-à-dire que leur attitude d’exposer ce qu’ils ont pillé continue depuis des centaines d’années ?

Bien sûr, après ces projets de rénovation dans tous les reportages faits avec les curateurs, la réponse commune a été : à côté du visage de terreur de l’Islam, il y a aussi un beau visage. Ceci est un consentement direct.

Les Ottomans n’appellent pas ces œuvres Art Islamique, n’est-ce pas ? Comment sont enregistrées les reliques sacrées dans les archives Ottomanes ?   

Selon moi, une des particularités séparant l’Empire Ottoman est le fait qu’il a été pionner pour l’utilisation de l’adjectif Islamique dans le terme Art Islamique de cette façon : « Beaux Arts Islamique » (Sanayi-i Nefise-i İslamiye). Ce que nous appelons les Reliques Sacrées sont enregistrées dans les archives Ottomanes en tant que dépôts bénis ou dépôts saints et, ces objets considérés sacrés ont été amenés par le Yavuz Sultan Selim alors qu’il prit le califat lors de son retour à Istanbul, comme nous le savons de par le récit connu.             

Savez-vous ce qu’il y avait dans ces premières reliques apportées par Yavuz Sultan Selim ?

En fait, nous ne connaissons pas vraiment cette première collection apportée par Yavuz Sultan Selim. Mais, par exemple, lorsqu’il conquit Le Caire avec le califat, certains objets lui sont passés. Et au moment où ils lui ont apporté les clefs de la Kaaba, il devait certainement y avoir d’autres objets. Jusqu’aux derniers jours de l’Empire Ottoman, la collection a sans arrêt évoluée avec les reliques offertes et amenées de différents endroits. Par ailleurs, pendant la Première Guerre Mondiale, les Reliques Sacrées sauvées des mains des Wahhabites ont été envoyées à Istanbul et, la collection prit ainsi son état de nos jours. C’est pourquoi, nous ne connaissons pas exactement les premières reliques venues avec Yavuz Sultan Selim. Bien sûr, entre ces reliques, celles qui sont considérées les plus sacrées sont : la Sainte Tunique du Prophète (saw), l’empreinte de son pied et le poil de sa barbe. Vous savez, la pièce est appelée la pièce de la Sainte Tunique.

Étant donné que les reliques sacrées nous sont parvenues avec la prise du califat, il y a un côté lié au pouvoir à côté de l’importance du point de vue des Musulmans. Ainsi, le fait de posséder les reliques sacrées signifie également que vous détenez le pouvoir du monde musulman entre vos mains. Et, le fait qu’elles sont toujours présentes à Istanbul est de ce point de vue important. Dans les autres pays musulmans, il y a certainement des objets vus sacrés mais, la collection principale est chez nous.

Racontez-nous un peu cette collection principale. Quel est le dernier état de l’appartement des Reliques Sacrées dans le Palais de Topkapi ?

Avec la restauration de l’appartement des Reliques Sacrées dans le Palais de Topkapi entre 2005 et 2008, une installation et une interprétation différente ont été faites. Une des choses qui a été accentuée est les Gens du Livre. C’est-à-dire qu’une galerie a été séparée pour les objets ayant appartenu aux Prophètes des Gens du Livre ou alors, nous pouvons dire qu’elle a été interprétée avec ce thème. Alors que vous vous promenez, la galerie vous trace un parcours pendant les moments d’affluence liés au nombre important de visiteurs, elle nous montre la route et les objets selon un ordre, nous permettant ainsi de comprendre et de commenter. En sortant de cette galerie, vous passez devant la clef de la Kaaba, la gouttière de la Kaaba et bien d’autres reliques. Puis, vous passez dans une galerie entièrement dédiée au Prophète Muhammad (saw) et à ses compagnons. Vous voyez les épées des compagnons protégeant cette galerie, la partie de la Tunique Sainte, le poil de la barbe du Prophète (saw) et vous passez par un couloir où le Coran y est lu 24 heures sur 24 pour arriver à la dernière galerie où sont mises les expositions temporaires. Dans une de mes visites, il y avait dans cette partie les objets appartenant à la famille du Prophète (saw).  

Par exemple, le bâton du Prophète Moussa (as), le turban du Prophète Youssouf (as), l’épée du Prophète Davoud (as), la casserole du Prophète Ibrahim (as) et d’autres. Il y a aussi les os du bras et du crâne qui appartiennent, selon les croyances, au Prophète Yahya (as). Parlons un peu de ceci, un sultan musulman ne garderait pas les os dont il pense appartenir à un Prophète de cette manière, il les enterrerait sûrement. Ce bras est certainement passé aux Musulmans après la conquête d’Istanbul avec les reliques Chrétiennes. Une relique appartenant aux Chrétiens tenue probablement à Aya Irini dans les limites du Palais de Topkapi a sûrement laissé un effet de force et de mystère sur la population Chrétienne.

Nous voyons que dans les dernières années le nombre des expositions au thème Islam augmente. Avons-nous suffisamment débattu et  résolu la question de l’exposition du sacré ou l’exposition de ce qui est Islamique ?

Les débats faits sur le sujet des musées ont assez évolués dans les dernières années. Mais, de mon point de vue, nous pensons au sujet sur les musées Européens de par l’effet des textes traduits. En effet, ceux qui travaillent en relation avec les musées apprennent le sujet à travers les sources étrangères car il n’y a pas de littérature assez développée. Quoique que nous ayons un musée depuis environ 200 ans nous n’avons pas de technologie correctement débattue et acceptée. Si nous venons à l’exposition du sacré, nous avons tout d’abord un problème avec le terme « sacré ». Le débat « Y a-t-il en Islam le sacré ou pas » continue toujours. Et, ce débat se réalise sur les débats faits en Europe sur le « sacré ».

D’un autre côté, le terme « Art Islamique » n’est toujours pas défini, c’est un terme aux limites non marquées et, ce terme n’étant débattu dans le contexte des musées, les débats sur les sujets complexes tels que l’exposition du sacré et bien d’autres n’ont pas lieu.

Avant, les gens avaient la possibilité de rencontrer les œuvres d’art dans de nombreux endroits. Par exemple, une pancarte de rue écrite avec un bel arrangement, les ornements sur les fontaines ou les calligraphies ornant les lieux tels que les mosquées, les lieux de culte, les mausolées, même les réseaux en fer, tout était dans une harmonie esthétique. Dans de nombreux endroits l’expérience esthétique et religieuse pouvaient être vécues ensemble. On pouvait rencontrer les œuvres dans leur propre contexte. Pour vivre tout ceci, il n’y avait pas besoin d’un acte conscient ni d’organiser son temps pour aller au musée. Ces œuvres ont commencé à être ramassées pendant les dernières années de l’Empire Ottoman. Durant cette période, en particulier les œuvres étant en danger ont été ramassées. Pendant les premières années de la République, à la suite de la loi sur les lieux de culte, le ramassage de ces œuvres a pris une tournure incroyable. Les lieux où se trouvaient ces œuvres ont été fermés. Pendant des dizaines d’années, les gens n’avaient plus de droit ni de relation avec ces œuvres. De plus, il y avait une période d’éloignement, de séparation. Après que la rigueur des premières années fut passée l’art Islamique et les œuvres Islamiques recommencèrent petit à petit à revoir de l’intérêt. Par exemple, les portes des Reliques Sacrées ont été rouvertes à la visite après une longue période. Les mausolées également commencent à rouvrir à leur tour.  

Par exemple, que se passe-t-il lorsque nous voyons dans une mosquée ou un lieu de culte la Hilya, devant laquelle on se reprend ou même qu’on évite de lire sans ablution et lorsque nous la rencontrons dans un musée ou un salon d’exposition ?

Pour une personne ayant gagné une certaine familiarité avec ces œuvres dans les mosquées ou dans les différents lieux de culte musulmans, quel type de changement vit-elle dans le monde de pensées lorsqu’elle rencontre ces œuvres dans les musées, les galeries ou dans la collection d’un célèbre homme d’affaire ? Ou alors, quelle est l’attitude d’un visiteur musulman de musée face à ces œuvres ? Est-ce semblable de voir le poil de la barbe du Prophète (saw) dans le musée de Topkapi et le visiter après avoir écouté le Mawloud (chants récités en l’honneur de la naissance du Prophète Muhammad (saw)) dans la mosquée ? Peut-on faire développer une attitude commune, une décence commune ? Les objets sacrés sacralisent-ils le lieu séculaire où ils sont exposés ? Un visiteur musulman et un visiteur non-musulman ont-ils le même comportement face à ces œuvres ? Doit-il être le même ? Lors de ces rencontres, quel type de service devrait fournir les directeurs de musées afin de répondre aux besoins sentimentaux et physiques des visiteurs ?

Ces sujets n’ont certainement jamais été débattus ni en Turquie ni dans les autres pays musulmans, ce que je vais donc dire ici ne dépassera pas mes sentiments ou mes observations et mes commentaires. Alors que dans la nouvelle approche de la muséographie ce type de problème est débattu avec clarté. Lors de l’ouverture de la nouvelle galerie de l’Islam, Jamee Gallery ou du musée Victoria and Albert, le fait qu’une enquête envers les visiteurs musulmans ait été faite et que leurs attentes soient prises en considération et qu’elles soient évaluées est un exemple important à ce sujet. En Turquie, si vous débattez sur un sujet en parlant des visiteurs musulmans ou d’un rite différent de Turquie ou même si vous débattez un problème en relation avec la muséographie tout en référent à un groupe ethnique, ceci peut être perçu très différemment.

Bien sûr, une expérience vécue dans un lieu religieux et une expérience vécue dans un musée ou dans un lieu moderne et séculaire comme un salon d’exposition n’est pas la même. Même si les objets sont les mêmes, les objets enlevés de leurs contextes sont également au sens pratique extraits de la vie de l’homme pour gagner ici une nouvelle signification. Tout de même, je pense que malgré  toutes les critiques au sujet du contexte, ils préservent leurs sens symboliques et leurs importances. Par ailleurs, selon mes observations et en m’appuyant à un travail que j’ai fait auparavant je peux dire avec  aisance que lorsque les gens se promènent dans ces expositions, ils vivent quand même d’une certaine manière une expérience religieuse. Afin de comprendre la réaction de la population musulmane dans la galerie Islam du British Museum, j’ai travaillé avec des nouvelles immigrantes musulmanes du Bangladesh. Elles venaient pour la première fois dans un musée en Angleterre et, la plupart n’avaient pas non plus visité de musée dans leur pays. Dans la galerie Islam, elles ont été très touchées et elles étaient très excitées. Mais, elles ont dit qu’elles espéraient voir davantage d’objets religieux. J’ai vu aussi des visiteurs ouvrant leurs mains pour invoquer Allah en entrant dans la galerie Islam du British Museum. Tout en vivant ici une expérience religieuse, nous prenons du plaisir et nous nous enorgueillissons en même temps en regardant les exemples les plus fins de l’art Islamique.  

J’ai vu aussi des visiteurs ouvrant leurs mains pour invoquer Allah en entrant dans la galerie Islam du British Museum. Tout en vivant ici une expérience religieuse, nous prenons du plaisir et nous nous enorgueillissons en même temps en regardant les exemples les plus fins de l’art Islamique. Lorsque les Musulmans entendent le nom de notre Prophète Muhammad (saw) ou lorsqu’ils rencontrent quelque chose lui appartenant, ils récitent la Salawat (prière sur le Prophète). Qui peut critiquer le fait que la même chose se fasse lors d’une rencontre au musée avec un objet lui appartenant ?

En réalité, pour nous, regarder le beau, une expérience esthétique et une expérience religieuse sont pareils. Le Musulman fait son travail avec beauté, il voit avec beauté, il aime le beau. « Allah est beau, Il aime le beau. » Je pense que le signe de notre compréhension de l’esthétique est ceci, même si on a l’apparence de l’avoir un peu oublié... 

Lorsque les Musulmans entendent le nom de notre Prophète Muhammad (saw) ou lorsqu’ils rencontrent  quelque chose lui appartenant ils récitent la Salawat (prière sur le Prophète). Qui peut critiquer le fait que la même chose se fasse lors d’une rencontre au musée avec un objet lui appartenant ? Voir l’œuvre comme un objet religieux ou comme une œuvre d’art ou bien vivre les deux sentiments en même temps est complètement lié à la compréhension du visiteur. Ici, je ne veux pas négliger la méthode d’interprétation et de présentation du curateur mais, la perception du visiteur passe au-devant de toutes les interprétations.

Par exemple, dans les années passées une chaîne d’information a annoncé l’exposition Amour du Prophète ainsi : « Le Bureau des Affaires Religieuses a rassemblé les amateurs d’art pour l’exposition Amour du Prophète à l’occasion du 1444ème anniversaire du Prophète Muhammad (saw). » Alors qu’un journal écrit cette manchette ainsi : « a rassemblé les Musulmans. », c’est-à-dire qu’il est possible de lire des deux façons.

Quelle œuvre ou quelle exposition va voir le plus d’intérêt ? C’est encore le visiteur qui décide. Par exemple, quoique qu’en Turquie nous n’ayons pas un nombre régulier de visiteur au musée, nous avons été témoins que les gens ont formé une queue devant le Musée Turc des Œuvres Islamiques afin de voir l’exposition sur le Saint Coran. Il ne réagit pas en disant « Qu’est-ce qu’une exposition sur le Coran peut faire dans un musée ? » bien au contraire, il montre plus d’intérêt à ces expositions. Le Musulman n’a de toute façon pas besoin d’un lieu spécial pour vivre une expérience religieuse.

Ici, il y a bien sûr des sujets que je trouve problématiques et qui méritent de plus longs débats. Ces œuvres, qui ont été enlevées des lieux et des contextes auxquels elles appartenaient pour emménager au musée, ont été ainsi tracés entre elles et la population, et les effets engendrés dans notre monde de réflexion, tout ceci mérite à réfléchir. Le fait que ces œuvres soient données comme un matériel, comme un objet esthétique d’information historique ouvre la porte au changement de signification. Par ailleurs, je pense que les objets de contrefaçon et de mauvaise qualité mis à la place de ces œuvres ont joué un rôle important dans la dégradation de notre compréhension et de nos goûts esthétiques.  

Ces œuvres, qui ont été enlevées des lieux et des contextes auxquels elles appartenaient pour emménager au musée, ont été ainsi tracés entre elles et la population, et les effets engendrés dans notre monde de réflexion, tout ceci mérite à réfléchir. Le fait que ces œuvres soient données comme un matériel, comme un objet esthétique d’information historique ouvre la porte au changement de signification. Par ailleurs, je pense que les objets de contrefaçon et de mauvaise qualité mis à la place de ces œuvres ont joué un rôle important dans la dégradation de notre compréhension et de nos goûts esthétiques.  

Parlons des expositions « Amour du Prophète ». L’une a été ouverte à Topkapi et l’autre à Ayasofia. Comment avez-vous analysé le contenu et l’attitude des visiteurs de ces deux expositions ?

Si je me rappelle bien, les expositions « Amour du Prophète » sont une série d’expositions ouvertes à Ayasofia depuis 2012 avec le soutien du Ministère des Affaires Religieuses et du Ministère du Tourisme. Les expositions faites à l’occasion de la Semaine de l’Heureuse Naissance auxquelles nous devons donner de l’importance et qui sont le sujet de débat aujourd’hui. Bien sûr, le fait que ces expositions soient organisées sous la protection des organismes d’état et les messages donnés par les hommes d’état lors du discours d’ouverture des expositions, font de ces expositions en même temps une partie des relations art et politique. Ce sont des points importants afin de comprendre le regard de la République de Turquie au début du 21ème siècle envers l’art en général et l’art Islamique en particulier. Le fait que l’exposition « Amour du Prophète » en 2014 ou 2015 ait été transportée à Washington, à Londres ou même à des endroits tels que Cuba ou à La Havane et, que ces expositions soient tombées au même moment que les visites politiques des hommes d’Etat peut être lu comme un des messages importants donnés par la Turquie.

Pour revenir à la dimension des visiteurs, par exemple l’exposition de l’année 2014 a été réalisée en deux parties l’une à Ayasofya et l’autre au Palais de Topkapi dans la cour du Trésor. Dans la partie du Palais de Topkapi se trouvaient en particulier les œuvres provenant des collections du Palais de Topkapi comme les Hilyas, les calottes aux motifs anciens, les manuscrits précieux décrivant les moments importants dans la vie du Prophète (saw), les recouvrements de la tombe du Prophète (saw), les boîtiers des poils sacrés, les tableaux de hadiths ainsi que d’autres pièces rares et précieuses. Cette exposition mettait surtout en avant l’effet de l’amour du Prophète, le respect profond ressenti envers le Prophète (saw) et la contribution positive de ceux-ci dans la production des œuvres artistiques dans la vie de la haute culture des Ottomans.

Dans cette partie de l’exposition, nous pouvions observer que les visiteurs regardaient les œuvres avec un plus grand respect. D’autre part, en fond de musique il y avait un enregistrement de Salawat, et si je me rappelle bien, accompagné de Takbir et une grande partie des visiteurs récitaient les Salawats avec le fond de musique pendant qu’ils se promenaient. Après de longues années, Ayasofia a été commémoré avec la lecture du Coran et l’exposition de « l’Amour au Prophète. »

En fait, le fait que ces expositions soient organisées chaque année à Ayasofia peut être évalué selon plusieurs angles. Même si la Mosquée d’Ayasofia est aujourd’hui un musée, elle est, en tant que lieu, la mosquée symbolisant la conquête dans les cœurs de tous les Musulmans et, son intérieur a été ornée avec de nombreuses œuvres de calligraphie arabe. Une exposition de calligraphie arabe ne sera ainsi pas perçue comme étrangère, bien au contraire le lieu donnera de la force à l’exposition. Malgré qu’Ayasofia ait été sécularisé en étant transformé en musée, son côté « église » a été mis en avant depuis de longues années et, il est certain que cette situation brise le cœur de nombreux musulmans. Bien sûr, selon moi, le fait que pour la première fois le Coran a été psalmodié, après 85 ans lors de l’ouverture de l’exposition, a été important du point de vue de gagner les cœurs. 

Nous vivons dans une époque difficile pour les Musulmans, les outils et les méthodes changent sans arrêt et, des fois nous n’avons même pas le temps de réfléchir et d’analyser sur les points vers lesquels ces nouveautés vont nous emmener. Les technologies des musées et des expositions vont en ce sens vers des points très différents. 

Notre espoir est que dans cette époque où la représentation visuelle a atteint le pic, nous pourrons déterminer et développer une stratégie d’exposition pour notre art et nos œuvres sacrées sans en détériorer le sens, sans transgresser et, que nous les protégerons en convenance « au Plus Beau ».


Qui est Betül Çakırca ?

Elle est diplômée de la faculté d’Histoire de l’Université d’Istanbul. Elle a eu son premier master à l’Institut des Sciences Sociales de l’Université d’Istanbul dans le domaine de l’Histoire de la République avec sa thèse dont le sujet est « Les aides de la Turquie et des États-Unis entre les années 1939 et 1945 ». Elle a suivi des cours à la Bibliothèque de Süleymaniye dans l’Atelier de Conservation sur la conservation du papier et l’art de la reliure classique. Elle s’est trouvée dans la mise en place de l’atelier de conservation au nom de la Mairie d’Istanbul pour les archives des registres religieux du Mufti d’Istanbul et pour la bibliothèque de Meşihat. Puis, elle a travaillé sur la protection et la réparation des cahiers des registres religieux. Entre-temps, elle a terminé le cours Post-Graduate organisé en Espagne par l’Université de Grenade au nom de « Conservation of Arabic Manuscripts », elle a gagné une Bourse d’Ecole Montefiascone en Italie. Elle fit une pause dans son travail sur les Archives des Registres Religieux pour compléter son deuxième Master en Angleterre à l’Université de Newcastle dans le Program Museum Studies avec sa thèse qui a pour titre « What is the London Muslim Community’s Response to the Islamic World Gallery in the British Museum? » Elle a fait un stage au Durham Oriental Museum. Dans le cadre de ses recherches de Doctorat, elle a fait un stage avec Erasmus de 3 mois au sein de The Islamic Manuscript Association à Cambridge en 2015. Entre temps, elle a fait des recherches dans les archives du British Museum, dans Royal Asiatic Society et dans la bibliothèque de l’Université de Cambridge.

En ce moment, elle continue ses travaux de doctorat à l’Université d’Ibn Haldun dans la branche Recherches sur les Civilisations sur le thème des Musées et de l’Art Islamique.

 

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