Les Compagnons
Les épouses du Prophète Muhammad (saw)
 

Juwayriya Bint Hârith (r.anha)

Le Prophète (saw) entreprit à travers son mariage avec Juwayriya (r .anha), à propos de qui Aisha (r.anha) déclara : « Je ne connais aucune autre femme qui ait été d’une telle bénédiction pour son peuple », un acte d’une diplomatie et d’une ingéniosité exemplaires (Ibn Abd al-Barr, IV, 1805). En effet, les relations de parenté étaient à cette époque d’une grande importance au sein de la société arabe. En conséquence, bien que le Prophète (saw) fût âgé alors de 58 ans, il trouva nécessaire de s’unir avec Juwayriya (r.anha).

À l’origine, elle se nommait Barra. Née en 607, elle était la fille du chef de la tribu des Banu Mustaliq, Hârith bin Abu Dirar. Elle fut, avant de se marier avec le Messager (saw) en l’an 5 de l’Hégire, l’épouse de Musaf bin Safwan.[1] Les sources présentent les événements qui permirent le mariage du Prophète (saw) avec Juwayriya (r.anha) de la sorte :

Après qu’eut été repoussée, lors de la Bataille des Tranchées (Khandaq), l’attaque de la grande armée rassemblée par les Mecquois, puis que fut mise hors d'état de nuire la dernière tribu juive de Médine, les Banu Qurayza, le Prophète (saw) trouva enfin l’occasion de s’occuper des tribus arabes ennemies avoisinant Médine. Les Arabes païens de la région craignaient de se voir infliger le même sort que tous les ennemis de l’Islam connurent. Ils planifièrent alors une attaque subite contre Médine. Le chef de la tribu des Banu Mustaliq, Hârith bin Abu Dirar, regroupa tous les membres de sa tribu ainsi que des tribus païennes avoisinant afin de préparer une offensive contre les musulmans (Waqidi, Kitab al-Maghazi (édit. :  Marsden Jones), I-III, Beyrouth 1984, I, 404-405).

La nouvelle, selon laquelle les Banu Mustaliq avec à sa tête Hârith bin Abu Dirar rassembleraient des soldats pour combattre les musulmans, atteignit Médine. Le Messager (saw) chargea alors Burayda bin Husayb (ra), de la tribu des Banu Aslam, d’aller vérifier authenticité de cette rumeur. Burayda  informa le Prophète (saw), après s’être entretenu en personne avec Hârith, de la véracité de cette information. Le Prophète (saw) nomma Zayd bin Hâritha (ou Abu Dharr al-Ghifari selon d’autres sources) à sa place et se dirigea, durant le mois de Chaabane et Ramadan de l’an 5 de l’Hégire (janvier-février 627), avec une armée d’environ 700 hommes, sur la tribu des Banu Mustaliq et ses alliés. Les mères des croyants, Aisha (r.anha) et Umm Salama (r.anha), se trouvaient toutes deux aux côtés du Messager (saw) lors de cette expédition.

Lorsqu’ils apprirent que les musulmans se dirigeaient vers eux, une grande partie des soldats qui entouraient Hârith bin Abu Dirar se mit à fuir, au point qu’il ne resta plus que sa propre tribu. Le Prophète (saw) surprit subitement l’armée de la tribu des Banu Mustaliq à l’un de leurs points d’eau, nommé al-Muraysi. Le Prophète (saw) envoya Omar bin Khattab (ra) pour leur proposer de se convertir à l’Islam, mais ils refusèrent. Les préparatifs débutèrent et le Messager (saw) mit son armée en position de guerre ; l’étendard de l’escadron des Muhajir fut remis à Abu Bakr (ra) et celui des Ansar, à S’ad bin Ubada (ra). Leurs interlocuteurs s’obstinant à ne pas se soumettre, la guerre commença. Les Banu Mustaliq ne purent résister longtemps face à l’armée musulmane. Vingt personnes du camp adverse furent tuées, alors que du côté des musulmans, seule une personne fut martyre (Bukhari, Maghazi, 32 ; Wakidi, Maghazi, I, 405-408 ; Ibn Hisham, al-Sîrat al-Nabawiyya, (édit. : Mustafa al-Sakka -Ibrahim al Abyari – Abdulhafiz Chalabi), I-IV, Beyrouth, III, 302 ; Ibn S’ad, II, 63-64 ; Belazuri, Ansab al-Achraf, I, (édit. : Muhammed Hamidullah), Jérusalem, 1963, I, 343).

Ce mariage créa un lien de parenté entre le Messager (saw) et la tribu des Banu Mustaliq, ce qui poussa de nombreux compagnons à libérer les captifs qu’ils possédaient. Les membres de la tribu, face à un tel acte, se convertirent tous ensemble à l’Islam. Ainsi, une tribu païenne, qui désirait détruire les musulmans, intégra la communauté musulmane peu après qu’eut lieu la bataille. 

Les musulmans s’approprièrent un très grand butin lors de cette bataille. C’était le plus grand butin de guerre qu’ils obtinrent jusqu’à ce jour. Par ailleurs, 700 personnes furent prisonnières suite à cet affrontement. Juwayriya (r.anha), la fille du chef de la tribu alors âgée de vingt ans, dont le mari fut tué lors de la guerre, fit partie du butin de Thabit bin Qays bin Chammas (ra) ou de son cousin. Juwariya (r.anha), après s’être mise d’accord avec Thabit (ra) sur la rançon qu’elle devrait verser pour retrouver sa liberté, partit voir le Messager (saw) et lui dit : 

« Ô Messager de Dieu ! Je suis la fille de Hârith bin Abu Dirar, le chef de mon peuple. Comme tu le sais,  j’ai été faite prisonnière et tu sais à quel point cela est difficile. Je fais partie du butin de Thabit bin Qays (ra) et nous nous sommes mis d’accord sur le montant de la rançon. Je suis venue te voir pour que tu puisses m’aider à payer cette somme ». Le Prophète (saw) comprit qu’il devait trouver rapidement une solution. En effet, il n’y avait pas uniquement elle, mais de nombreuses femmes captives attendaient une issue. Il fallait qu’il fasse quelque chose pour qu’elles puissent retrouver leur liberté et permettre à l’Islam  de se répandre. Le Prophète (saw), qui connaissait très bien ses compagnons, ne dit rien, mais il savait que s’il faisait quelque chose, ils en feront autant. Conscient de tout cela, il dit à Juwayriya (r.anha) : « Ne désires-tu pas meilleur que cela ? » Juwayriya fut très étonnée et rétorqua « Qu’est-ce ô Messager de Dieu ? » Il répondit alors « Si tu le désires je paye ta rançon, puis je t’épouse » ; elle en fut très ravie et accepta. En effet, cela n’allait pas uniquement lui permettre de récupérer sa dignité et son haut rang, elle allait de plus devenir  l’une des épouses du Messager (saw). Le Prophète (saw) se maria avec Juwayriya (r.anha) et elle devint ainsi l’une des épouses de l’Envoyé de Dieu (saw).[2]

L’œuvre d’Ibn Hicham rapporte une autre information concernant le mariage du Prophète (saw) et de Juwariya (r.anha) :

« Le Messager (saw) revint de la bataille des Banu Mustaqil, avec à ses côtés Juwayriya, qu’il remit à l’un des Ansar pour qu’il la protège. Al-Harith, le père de Juwayriya, réunit plusieurs chameaux qu'il possédait et se rendit auprès du Prophète (saw) pour payer la rançon de sa fille. Cependant, en cours de route, une fois arrivé à un lieu nommé al- Aqîq, il regarda ses bêtes et refusa de toutes les donner. Il dissimula alors dans une des vallées, à l'abri des regards, deux chameaux qu'il trouvait trop beaux pour être donnés.

Puis, il apporta le reste des bêtes au Prophète (saw) et dit :

« Ô Muhammad ! Tu as pris ma fille comme captive, je t’ai apporté sa rançon ! » Mais le Prophète (saw) demanda : « Où sont les deux chameaux que tu as cachés à Al-Aqîq ? »

Al-Hârith, stupéfait de ce qui venait d’arriver, se convertit à l’Islam et dit : « Je témoigne qu’il n’y a nulle autre divinité qu’Allah et que tu es Son Messager. Je jure par Allah que personne d’autre que Dieu n’était informé de cela ». S’ensuivit la conversion de ses deux fils ainsi que des protagonistes de la tribu. Il fit ensuite chercher les deux chameaux qu’il remit au Prophète (saw) et Juwayriya (r.anha) fut alors rendue à son père. L’Envoyé de Dieu (saw) demanda ensuite la main de Juwayriya (r.anha) à son père, qui accepta de la marier contre une dot de 400 dirhams » (Ibn Hicham, III, 308). Ce mariage créa un lien de parenté entre le Messager (saw) et la tribu des Banu Mustaliq, ce qui poussa de nombreux compagnons à libérer les captifs qu’ils possédaient. Les membres de la tribu, face à un tel acte, se convertirent tous ensemble à l’Islam. Ainsi, une tribu païenne, qui désirait détruire les musulmans, intégra la communauté musulmane, peu après qu’eut lieu la bataille.  Le mariage du Prophète (saw) avec Juwariya (r.anha) fut sans aucun doute d’une grande influence dans le déroulement de ces événements.  La bataille de Banu Mustaliq fut ainsi une campagne militaire très prolifique pour les musulmans, tant d’un point de vue matériel que moral (Waqidi, I, 411-413 ; Ibn Hicham, al-Sira, III, 306-308 ; Ibn S’ad, II, 64).

Le Prophète (saw) exposa un acte d’une diplomatie et d’une ingéniosité exemplaires  en se mariant avec Juwayriya (r.anha), à propos de qui Aisha (r.anha) déclara : « Je ne connais aucune autre femme qui ait été d’une telle bénédiction pour son peuple »[3]. En effet, les relations de parenté étaient à cette époque d’une grande importance au sein de la société arabe ; c’est pourquoi bien que le Prophète fût âgé alors de 58 ans, il trouva nécessaire de s’unir avec Juwayriya (r.anha). Ce mariage, qui fut réalisé sans aucun désir physique, permit la libération de nombreux captifs et esclaves ainsi que la conversion de la totalité d’une tribu. 

Aisha (r.anha) affirma que Juwayriya (r.anha) était une personne très attachée à la religion, elle priait, évoquait Dieu et jeûnait très souvent. Au point que le Prophète (saw) ressentait de temps à autre le besoin d’intervenir et de lui demander de rompre son jeûne

Le Prophète (saw) voulut se marier avec Juwayriya pour tisser des liens de parenté avec la tribu des Banu Mustaliq et permettre ainsi la libération des prisonniers de guerre. La conversion, suite à ce mariage, de tous les membres de la tribu démontre cette affirmation. Le nom de Juwayriya avant sa conversion était « Barra », qui signifie : « la femme pieuse ».  Le Prophète (saw), considérant qu’un tel nom consisterait à faire l’éloge de soi-même, décida de la nommer Juwayriya, qui veut dire : « la petite fille » (Ibn S’ad, VIII, 118-119 ; Ibn Abd al-Barr, IV, 1805).

Aisha (r.anha) affirma que Juwayriya (r.anha) était une personne très attachée à la religion, elle priait, évoquait Dieu et jeûnait très souvent, au point que le Prophète (saw) ressentait de temps à autre le besoin d’intervenir et de lui demander de rompre son jeûne (Muslim, Dhikr et Du’a 19 ; Ibn Maja, Adab 56).

Elle rapporta sept hadiths du Messager (saw). L’un d’eux se trouve dans le Sahih de Muslim et un autre dans le Sahih de Al-Boukhari. Des compagnons et des successeurs (tâbi’un) tels qu’Ibn Abbas, Jabir bin Abdullah, Ibn Omar et Mujahid bin Jabr (r.anhoum) ont quant à eux transmis les hadiths rapportés par Juwayriya (r.anha).

Il existe deux avis concernant la date de sa mort. L’un d’eux, rapporté par Abdullah bin Abu al-Abyad, indique qu’elle serait morte en l’an 56 du mois de Rab’î al-Awwal, ce qui signifierait qu’elle serait morte à l’age de 70 ans. Sa prière mortuaire fut dirigée à Médine par le gouverneur omeyyade de l’époque : Marwan bin Hakem (Zubayr bin Bakkar, al-Muntahab[4]. Selon le second avis, elle serait bien morte à Médine, mais en l’an 50 de l’Hégire ; dans ce cas, elle serait morte à l’âge de 65 ans. Cette tradition indique de plus qu’elle se serait mariée avec le Prophète (saw) alors qu’elle était âgée de 20 ans.[5]

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[1] Ibn S’ad, al-Tabaqat al-Kubra, I-VIII, Beyrouth (Dar al-Sadir), VIII, 116 ; Ibn Abd al-barr, al-‘Itisab fi M’arifah al-Ashab, I-VI, Le Caire, (Dar Nahdati Misr), IV, 1804.

[2] Waqidi, al-Maghazi, 408-411 ; Ibn Hicham, al-Sira, IV, 295 ; Ibn S’ad, II, 64, VIII, 116-117 ; Belazurî, I, 343 ; Ibn Abd al-Barr, IV, 1408.

[3] Ibn Abd al-Barr, IV, 1805.

[4] Edit. : Sukayna al-Chihabi), Beyrouth 1983, p. 45-46

[5] Ibn Sa’d, VIII, 120; İbn al-Athîr, Usdu al- Ghâba, (édit. : Muhammed İbrahim-Muhammad Ahmed Achûr), I-VII,  1970 (Kitab al-Chi’b), VII, 56-58; İbn Hajar, al-İsâba, I-VI, Égypte 1328, IV,265-266. Voir aussi : Kazıcı, Ziya, Hz. Muhammed’in Aile Hayatı ve Eşleri, İstanbul 2003, p. 266-279; Savaş, Rıza, “Cüveyriye’’, DİA, VIII, 146.

 

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