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La création de symboles de sacralité

L’un des plus courants de la culture turque est sans aucun doute la rose qui perdure depuis la période ottomane et est connu par toutes les classes sociales. Il est reconnu de tous que la rose (gül en turc) et tous ses dérivés (gülşen, gülizar,...) symbolisent dans la culture islamique le Prophète Muhammad (saw). Cela fait si longtemps que cette symbolique perdure que cette image se produit dans la conscience des individus rien qu’à la vue d’une rose. 

La force d’un symbole dépend de sa relation avec ce qu’il représente. Le symbole étant le produit de la convention sociale, il est un élément palpable, visible et accessible, contrairement à ce qu’il symbolise. L’imaginaire reste subjectif, la relation qui existe entre une image et ce qu’elle représente peut être comprise qu’à partir de l’œuvre dans sa globalité. Ainsi, bien que les artistes utilisent les mêmes images, elles ont des sens uniques et particuliers, car elles dépendent du cadre dans lequel elles ont été représentées. Quant au symbole, étant donné qu’il est physique, il est plus ou moins fort selon le degré d'acceptation de cette symbolique par la société.

Cependant, un risque très important attend le symbole. Puisqu’il  prend sa force du consensus social, au fur et à mesure que changent les paradigmes dominants qui influencent et déterminent cette société, le symbole perd de son influence Les nouvelles générations ne se l’appropriant plus, il perd tout son sens. De nouveaux facteurs s’ajoutent à l’imaginaire que constitue ce dernier en raison de l’évolution des paradigmes sociétaux. Le symbole revêt alors différents sens et devient un symbole divisé, dans lequel chacun y voit sa propre interprétation. Cette pluralité de sens se transformera en un sens unique, car l’un d’entre eux prendra le dessus, poussé par la domination du paradigme le plus courant. Une nouvelle société se bâtit sur des valeurs toutes nouvelles, les anciennes devant donc forcement être rejetées. Un des autres facteurs préparant la fin du symbole est que, bien que la relation entre le symbole et le fondement reste le même, les messages qu’il diffuse s’associent à des valeurs complètement nouvelles, et ce, toujours en raison du changement des paradigmes de la société.

L’un des plus courants de la culture turque est sans aucun doute la rose qui perdure depuis la période ottomane et est connu par toutes les classes sociales. Il est reconnu de tous que la rose (gül en turc) et tous ses dérivés (gülşen, gülizar,...) symbolisent dans la culture islamique le Prophète Muhammad (saw). Cela fait si longtemps que cette symbolique perdure que cette image se produit dans la conscience des individus rien qu’à la vue d’une rose. Cependant, comme nous l’avons déjà expliqué, les conventions sociales changent sans cesse dans leur globalité, au fur et à mesure que les paradigmes évoluent. Il a donc toujours été problématique de savoir quelle convention sociale il fallait prendre en compte pour interpréter les phrases écrites au sens figuré ou dans un style métaphorique. Nous sommes contraints à exprimer nos sentiments, nos expériences et nos compréhensions dans le cadre que la langue nous impose. Nous pouvons exprimer nos pensées dans ce monde qu’à travers le langage. Ainsi, la relation de fond et de substitut existant entre le Prophète (saw) et la rose, qui se reflète dans notre imaginaire et trouve sa place dans notre langue, est une relation moderne et contemporaine. Une conception dont l’authenticité est déterminée uniquement par les paradigmes dominants, elle dépend complètement des conventions sociales de l’époque.

En réalité, la construction de nouveaux symboles de sacralité est inéluctable pour les nouvelles sociétés, car elles ont besoin de certaines pratiques religieuses permettant de réunir les individus et de répondre à leur besoin de religiosité. Les pratiques religieuses sont le dominateur commun le plus sûr permettant la cohésion sociale. Il a toujours été le meilleur moyen de faire obéir au paradigme dominant et d’assouvir les besoins de religiosité des populations.

La semaine de commémoration de la naissance du Prophète, célébrée tous les ans depuis un certain temps maintenant, est d’une très haute importance pour l’idéologie officielle actuelle. Le Prophète (saw) y est présenté sans cesse comme un prophète d’amour ;  la pratique et la responsabilité du musulman y sont décrites comme une affaire d’amour uniquement. Cette conception religieuse présentée à travers l’image de la rose se renforce d’année en année. Une conception selon laquelle l’essentiel n’est que la pureté du cœur et les adorations ne sont que des actes formels perçus comme une dette envers Dieu ; toute personne ayant au moins un atome de foi dans le cœur ira au paradis ; et le jugement des atrocités, des injustices, des douleurs et du mal commis dans ce monde doivent être laissés à Allah.

Des milliers de prières et salutations doivent être prononcées durant cette semaine sacrée ; les lectures du Coran et les salutations sur le Prophète (saw) doivent être commandées et comptées via les écrans télévisés pour ensuite être offert à l’âme «sacrée » du Messager (saw), et tout cela, afin d’accéder à  son intercession (chafaa). Le principe d’amour de Dieu et de son messager est restreint à travers ces symboles à un sentiment platonique, ce qui écarte et disqualifie complètement l’attachement aux ordres de Dieu et à la conduite du Messager (saw) qui se trouve dans la Sunna.

Comme nous l’avons déjà dit : la création de nouveaux symboles de sacralité est indispensable à chaque nouvelle époque. Étant donné que ces symboles se réfèrent aux nouveaux codes de la société, ils sont très rarement issus du Coran et de la Sunna. Leur existence ne découle donc pas de ces deux sources fondamentales de la religion. Bien au contraire, ces symboles et paroles renforcées par une petite touche de mysticisme recouvrent de fumée l’appel manifeste de Dieu et la Sunna de son Messager qui illustrent la conduite à suivre tout au long de la vie. Ainsi, la foi a été par exemple restreinte à six piliers. L’imitation dans la foi a été considérée comme suffisante du moment que l’acceptation a été formulée. Les bonnes œuvres ont été encadrées par 5 types d’adoration. Les actes du cœur à l’égard de Dieu, des Hommes et de la vie ont été considérés en dehors de la foi. Et donc le fait d’observer un bon comportement a été transformé en une conduite individuelle et personnelle ne dépendant aucunement de la foi.

Les symboles dotés de signes cachés, mystérieux et ambigus, s’étendent et s’imposent à toutes les franges de la société par le biais des instruments idéologiques que possède le paradigme dominant. Il est indéniable qu’un symbolisme de ce type, occultant les paroles de Dieu, empêche toute possibilité de réflexion, car où que vous tourniez votre visage, vous verrez partout ces symboles dits sacrés. En effet, les roses sont achetées et vendues à chaque coin de rue et les salutations sont envoyées au bien-aimé. Ainsi la rose symbolisant le Prophète (saw) est partout, l’univers a été créé uniquement en son honneur. Des milliers de prières et salutations doivent être prononcées durant cette semaine sacrée ; les lectures du Coran et les salutations sur le Prophète (saw) doivent être commandées et comptées via les écrans télévisés pour ensuite être offertes à l’âme «sacrée » du Messager (saw), et tout cela, afin d’accéder à  son intercession (chafaa). Le principe d’amour de Dieu et de son messager est restreint à travers ces symboles à un sentiment platonique, ce qui écarte et disqualifie complètement l’attachement aux ordres de Dieu et à la conduite du Messager (saw) qui se trouve dans la Sunna. De cette manière le bon comportement a été par exemple rétrogradé à une pratique dépendant d’une responsabilité personnelle et elle a été en plus complètement relativisée en la limitant qu’aux codes éthiques établis par le paradigme dominant.

Ce changement est en réalité dû au fait que le lien entre le symbole et ce qu’il est censé refléter ait été affaibli au fur et à mesure que les conventions sociales se modifièrent. L’essentiel se retire peu à peu et au bout du compte, il ne reste plus que le symbole. Le message de la rose, qui est le symbole du Prophète (saw) et de notre amour à son égard s’universalise de nos jours à travers le dialogue interreligieux et l’alliance des civilisations. Dieu sait à quel point nous en avions besoin ! La rose n’est-elle pas de toute façon signe d’amour dans le monde entier !

Cette situation, dans laquelle le fondement disparaît et le remplaçant rassemble et diffuse le message à lui seul, engendre la création de nouvelles idoles. Le symbole qui n’est normalement qu’un substitut perfectionne tellement son statut que les gens deviennent incapables de ne pas le glorifier et le respecter. La rose qui fane sur sa branche ou qui est tombée au sol devient source de tristesse. On en arrive même à être anxieux de jeter une rose en plastique et on finit par penser que l’eau et le parfum de rose pourraient nous apporter quelque chose. Ces rituels fondés sur une glorification et un respect mystique religieux sont bien loin de nous rappeler et de nous inviter à comprendre le « pincement » que le Prophète (saw) ressentit dans son cœur : « Et si leur indifférence t'afflige énormément, et qu'il est dans ton pouvoir de  chercher un tunnel à travers la terre, ou une échelle pour aller au ciel pour leur apporter un miracle, [fais-le donc]. Mais si Allah le voulait, Il pourrait les mettre tous sur le chemin droit. Ne sois pas du nombre des ignorants » (Al-An’am/35).

Les informations rapportant son amour à l’égard de la communauté, son inquiétude et sa tristesse ont été transformées par une certaine rhétorique en un amour platonique qui n’a pas d’autre but que d’« aimer ». Cette conception empêche de réfléchir sur les raisons de son inquiétude et de sa tristesse. C’est ainsi que le contexte des critiques du Coran fut complètement transformé et la communauté en fut libérée: « Et le Messager dit : "Seigneur, mon peuple a vraiment pris ce Coran pour une chose délaissée! " » (Al-Furqan/30).

Citer un par un tous les effets de ces symboles n’aurait pas de sens, le problème fondamental est que le message du Prophète (saw) a été sans cesse occulté par l’apparition de certaines formes de spiritualité et religiosité étranges.  Les institutions, à travers ces symboles de sacralité, ont transformé la religion choisie par Dieu pour l’Homme en une soumission et un esclavage même aux hypocrites qui renforcent leur place et s’élèvent sans cesse face à la masse soumise. Bien sûr, personne n’est capable ou en droit de critiquer ou même de mettre en doute la légitimité et l’utilité des pratiques de ces institutions qui domine la société.

Les symboles, d’une part, étouffent le despotisme institutionnel et, d’autre part, fournissent le droit à la parole uniquement à ces mêmes institutions. Ces dernières munies de cette autorité poursuivent leurs activités en créant sans cesse de nouveaux symboles ou en transformant complètement le contexte et le sens des symboles existants. Finalement, il ne reste que les plus « visibles », les nouveaux symboles qui se sont créés uniquement à travers les symboles les plus dominants.  Dans cette nouvelle ère dans laquelle la réalité se dirige vers l’hyper réalité les nouveaux symboles créés à partir d’anciens se sont transformés avec le temps en de nouvelles sources permettant de créer un monde « virtuel ». Dans ce simulacre où le Messager (saw) n’est plus qu’une rose, les âmes perdues n’ont aucunement la possibilité de se confronter aux paroles divines : « Le moment n'est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leurs coeurs s'humilient à l'évocation d'Allah et devant ce qui est descendu de la vérité [le Coran] ? Et de ne point être pareils à ceux qui ont reçu le Livre avant eux ? » (Al-Hadid/16).

 

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