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Les femmes, conseillères du Prophète (saw)

Une discussion de fiqh al-sira (étude de la biographie prophétique) autour de trois évènements précis.

Je commence mes propos en louant et en remerciant Allah, en saluant et priant sur notre prophète Muhammad Mustafa (saw) et en affirmant mon estime et mon respect les plus sincères envers les compagnons, la famille du Messager (saw) et tous ceux qui suivent sa voie de la meilleure des façons.

L’augmentation de la population féminine signifie aussi le renforcement de son influence. Il est  indéniable que la femme possède une place irremplaçable dans le bon fonctionnement de la vie et elle a été capable, lorsqu’elle a été éduquée comme il se doit, de tenir une conduite juste et bénéfique dans des moments très critiques.

Une analyse de la situation

Nous assistions ces dernières années à une recrudescence du nombre et de l’influence des femmes à peu près dans tous les domaines et organisations et même dans toutes les institutions. Il est possible d’affirmer une opinion favorable comme défavorable concernant cette situation; les deux opinions sont tout autant défendues.

Le statut et les droits qui ont été donnés aux femmes par l’Islam sont en harmonie totale avec la création et la réalité de la femme. Malgré cela, il est devenu malheureusement courant de nos jours, habitué à la maltraitance des femmes et sous l’influence de la culture moderne jahilî (ignorante), de critiquer l’Islam sur ce point sans prendre en considération certaines réalités irréfutables à ce sujet. Ce courant s’est renforcé parmi une frange de la société, soi-disant cultivée, mais  farouchement ignorante ou sous l’influence d’une modernité déviante. Le système éducatif et les moyens et techniques modernes d’information et de communication n’ont fait que renforcer et accélérer cet effondrement et cette décomposition.

La préservation de l’intimité des personnes et des familles ont été ainsi sacrifiées au nom de la modernité, au point que la défense et la pratique de cette vertu ont commencé à être perçues comme une faute et une honte, ainsi que l’avait déjà affirmé - dans le passé - la tribu de Loth : « ce sont des personnes qui recherchent la pureté ! » (1).

Certaines personnes, qui ont pu penser que la société n’avait pas été encore suffisamment poussée dans cette voie, n’ont pas hésité à critiquer les sources islamiques, particulièrement la sunna, c’est-à-dire certaines transmissions attribuées au Prophète (saw), et cela, sans même vérifier si elles étaient authentiques, faibles ou inventées. Nous assistons à des déclarations écrites et orales rejetant, sous l’influence de l’idéologie dominante et au nom de l’approche critique, la majorité des hadiths concernant la femme sous prétexte que ces transmissions seraient dégradantes à l’égard de la femme. Naturellement, face à cette situation, des déclarations ont été faites et des œuvres ont été écrites afin de rétablir la vérité, aujourd’hui comme dans le passé.

L’augmentation de la population féminine signifie aussi le renforcement de son influence. Il est  indéniable que la femme possède une place irremplaçable dans le bon fonctionnement de la vie et elle a été capable, lorsqu’elle a été éduquée comme il se doit, de tenir une conduite juste et bénéfique dans des moments très critiques.

L’objectif de cette discussion est de présenter, à travers quelques exemples de la sira (biographie prophétique), la sunna du Prophète (saw) concernant le fait d’écouter et tirer profit des opinions de certaines femmes qui en quelque sorte ont été ses conseillères et mettre au claire une transmission ou plutôt une rumeur couramment évoqué à ce sujet. Le Prophète (saw) qui est l’auteur de la parole: « On m'a fait aimer de la vie d'ici-bas, les femmes, le parfum et la réjouissance de mes yeux qui se trouve dans la prière. » (2)

Cependant, il serait adéquat avant de rentrer dans le vif du sujet d’apporter une précision quant au caractère scientifique de notre présentation.

Le Fiqh al-Sira est une discipline et un terme scientifique qu’on pourrait appeler la philosophie de la sira (biographie prophétique) ; consistant à analyser et lire entre les lignes de la vie du Prophète (saw) pour en comprendre les objectifs et permettre de réappliquer dans le contexte actuel les enseignements qui en sont tirés. C’est-à-dire comprendre et interpréter les évènements de la sira vécus à l’époque prophétique selon les conditions et notions de notre contexte afin qu’elle soit comprise, comme l’avait affirmé Mehmet Akif Ersoy, par la perception contemporaine. Le Messager (saw) avait par exemple envoyé aux abords de son territoire des petites unités de soldats appelées sariyya dans un but dissuasif. Cela signifie qu’il n’y aurait aucun mal aujourd’hui à user des technologies de notre époque en tant qu’arme dissuasive. Les interprétations allant à l’encontre des droits de l’Homme et opposées à toute forme d’éthique sont cependant inacceptables ; complètement détachées du Coran, de la sunna et de la sira, elles ne sont que les résultats d’un complexe d’infériorité.

Bien que les évènements qui ont eu lieu à l’époque prophétique soient limités à un contexte et à une époque précise, ils renferment des indications importantes quant à la position à avoir dans le futur. En d’autres termes, chaque évènement qui a lieu dans cette période comporte des indices importants quant à la résolution des problèmes qui auront lieu à différentes époques.

C’est pour cette raison que durant notre réflexion concernant les problèmes et bouleversements sociaux que rencontrent notre pays et le monde musulman, il est d’une grande importance d’ « analyser les évènements contemporains » à la lumière de l’histoire et des explications prophétiques et non pas uniquement « sacraliser le passé » ou « vivre la nostalgie » de celles-ci.

Il serait donc approprié de comprendre les propos que je vais avoir maintenant dans ce contexte.


LES ÉVÉNEMENTS et LES FEMMES CONSEILLÈRES

1) Khadija (r.anha)

Khadija (r.anha), son épouse, analysa ce qui venait de lui  arriver avec une grande sérénité. Elle cita en jurant et d’une manière très convaincue, une par une, toutes les valeurs morales de son époux et tenta ainsi de le calmer et de l’aider à penser positivement.

Le Prophète (saw) venait de recevoir sa première révélation, en l’an 610, alors qu’il se trouvait dans la grotte de Hira. Après un dialogue bouleversant avec l’ange Jibril (Gabriel) (as), les cinq premiers versets de la sourate Al-Alaq furent révélés.

L’Envoyé de Dieu (saw) vivait cette expérience pour la première fois, il était donc enthousiaste, mais aussi très inquiet. Qu’avait-il donc vu et entendu ? Comment devait-il l’interpréter ? Il retourna chez lui auprès de sa femme Khadija (r.anha) pour se reposer, peut-être même se cacher ou rester seul.

Il se retira chez lui et dit : « Couvrez-moi, couvrez-moi ! » Il se réveilla quelque temps plus tard et raconta ce qui venait de lui arriver à son épouse qui le regardait avec beaucoup d’attention. Puis il désira partager ce qu’il ressentait avec elle et surtout avoir son opinion et lui dit : « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? » Il apparait donc clairement que le Prophète (saw) voulut consulter son épouse concernant cette expérience hors du commun.

Khadija (r.anha), son épouse, analysa ce qui venait de lui  arriver avec une grande sérénité. Elle cita en jurant et d’une manière très convaincue, une par une, toutes les valeurs morales de son époux et tenta ainsi de le calmer et de l’aider à penser positivement. Elle avait dit ainsi :

كَلَّا وَاللَّهِ مَا يُخْزِيكَ اللَّهُ أَبَدًا إِنَّكَ لَتَصِلُ الرَّحِمَ وَتَحْمِلُ الْكَلَّ وَتَكْسِبُ الْمَعْدُومَ وَتَقْرِي الضَّيْفَ وَتُعِينُ عَلَى نَوَائِبِ الْحَق

« Par Allah, Allah ne te voudrait aucun mal.

Tu entretiens tes liens de parenté,

tu soutiens les faibles,

tu donnes aux pauvres,

tu accueilles généreusement les hôtes,

et tu viens en aide aux victimes dans la voie de la justice » (3)

Les paroles de Khadija (r.anha) reflétaient complètement la réalité. Elle venait d’énumérer toutes les raisons qu’elle avait vues de ses propres yeux et qui avaient fait que le Messager (saw) était surnommé, à La Mecque, al-Amin (la personne de confiance).

Khadija (r.anha) avait considéré que le passé majestueux du Messager (saw) et toutes ses qualités étaient la preuve qu’il ne pouvait être témoin dans son futur que de choses positives. Le fait qu’elle ait vivement insisté sur cet aspect était d’une grande importance. Cela nécessitait une grande compétence de sa part ; Khadija (r.anha) démontra toute sa clairvoyance et ses compétences en agissant de la sorte. Elle était en réalité en train de déclarer que : « La bonté apporte la bonté ; le bon sera sujet à la bienfaisance ; la récompense du bienfait ne peut être qu’un bienfait et un passé pur donnera forcement naissance à un futur éclairé ». Et elle avait effectivement raison.

Khadija (r.anha) affirmait en quelque sorte qu’« un futur éclairé et heureux nécessitait un passé convenable » et cela était présent dans la vie du Prophète (saw) dans sa totalité et dans toutes ses formes. En effet, lorsque l’un des compagnons avait demandé ce qu’il adviendrait des bonnes actions qu’il avait entreprises avant sa conversion, l’Envoyé de Dieu (saw) répondit :

أَسْلَمْتَ عَلَى مَا أَسْلَفْتَ مِنْ خَيْر

Tu es devenu musulman justement grâce à toutes ces bonnes actions
(tu as ainsi déjà été récompensé de la meilleure façon pour ces bonnes actions). (4)

Khadija (r.anha) ne se contenta pas de sa propre opinion, elle partit aussi voir son oncle Waraqa bin Nawfal qui faisait partie des Hanif (monothéiste). Elle lui raconta la situation, puis elle retourna chercher le Prophète (saw) et l’emmena auprès de Waraqa. Elle fit en sorte que le Messager (saw) entendit de lui-même la réponse de Waraqa.

Waraqa, après avoir écouté attentivement ce qui s’était passé, répondit:

وَالَّذِي نَفْسِي بِيَدِهِ إِنَّكَ لَنَبِيُّ هَذِهِ الْأُمَّةِ وَقَدْ جَاءَكَ النَّامُوسُ الْأَكْبَرُ الَّذِي جَاءَ مُوسَى

« Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, tu es le Prophète de cette communauté. C’est le Namus Akbar (Gabriel) que Dieu envoya autrefois à Moussa (Moise) (as) ». (5)

Khadija (r.anha) accomplit ainsi le second aspect de la fonction de conseiller; elle confirma sa propre opinion par les propos de Waraqa et rassura et réconforta ainsi son mari dans un moment de doute et d’angoisse sans précédent.

Cet effort qu’entreprit Khadija (r.anha) est par ailleurs la preuve qu’elle fut la première à croire en la prophétie du Messager (saw). D’ailleurs, lorsque le Prophète dit : « Mais qui me croira » en exprimant ainsi son doute à l’égard de sa tribu, elle exprima son soutien sincère en déclarant : « Moi je t’ai cru ».

Plus tard, elle confirma à nouveau son opinion en employant une méthode typiquement féminine et dit : « Ce qui te vient ne peut en aucun cas être le Satan ». (6)

Khadija (r.anha) ne se contenta pas de sa propre opinion, elle partit aussi voir son oncle Waraqa bin Nawfal qui faisait partie des Hanif (monothéiste). Elle lui raconta la situation, puis elle retourna chercher le Prophète (saw) et l’emmena auprès de Waraqa. Elle fit en sorte que le Messager (saw) entendit de lui-même la réponse de Waraqa.

L’annonce faite à l’égard de Khadija (r.anha)

D’après ce que le Prophète (saw) annonça, Khadija (r.anha) sera récompensée dans l’au-delà par une demeure au paradis faite de perles et dans laquelle il n’y aura ni fatigue ni bruit (7). Bien entendu, le Prophète (saw) n’annonça pas une telle nouvelle de soi-même, c’est l’ange Jibril (Gabriel) (as) qui lui en informa.

أَتَى جِبْرِيلُ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ يَا رَسُولَ اللَّهِ هَذِهِ خَدِيجَةُ قَدْ أَتَتْ مَعَهَا إِنَاءٌ فِيهِ إِدَامٌ أَوْ طَعَامٌ أَوْ شَرَابٌ فَإِذَا هِيَ أَتَتْكَ فَاقْرَأْ عَلَيْهَا السَّلَامَ مِنْ رَبِّهَا وَمِنِّي وَبَشِّرْهَا بِبَيْتٍ فِي الْجَنَّةِ مِنْ  قَصَبٍ لَا صَخَبَ فِيهِ وَلَا نَصَبَ

Jibril est venu un jour au Prophète (saw) et lui informa que Khadija (r.anha) venait à lui portant un récipient, puis lui dit :

 « Lorsqu’elle arrivera, transmets-lui le salam (salut) de son Seigneur ainsi que le mien et annonce-lui la bonne nouvelle d'une demeure de perles au paradis exempt de tout bruit et de toute fatigue ». (8)


La loyauté et la fidélité du Messager (saw) à l’égard de son épouse Khadija (r.anha)

Le Prophète (saw) perdit après 25 années de mariage, durant l’année de la tristesse (‘am al-Huzn : 619), juste après la mort de son oncle Abou Talib, son épouse, mais aussi sa conseillère et son soutien (moral et financier), Khadija (r.anha). Il ne l’oublia jamais, elle était plus qu’une simple épouse. Il démontra sa fidélité envers elle, même après sa mort, en évoquant son souvenir à chaque occasion, en effectuant en son nom des bonnes œuvres et en prenant particulièrement soin de ses proches. Au point que cela engendrait la jalousie de son épouse Aisha (r.anha). Elle déclara d’ailleurs :

« Je n’ai jamais été aussi jalouse des femmes du Prophète (saw) que je l’ai été de Khadija (r.anha), je ne l’ai pourtant jamais vue, mais le Prophète (saw) l’évoquait très fréquemment. Lorsqu’il égorgeait un mouton et partageait sa viande, il en envoyait souvent une partie aux proches de Kahdija (r.anha). Des fois, lorsque je n’arrivais plus à patienter, je lui disais : « C’est à croire qu'il n’y a jamais eu d'autres femmes dans ce bas monde que Khadija. » Et il répondait : « Elle était comme ceci et comme cela et j’ai eu avec elle ma progéniture. » (9)

Le sentiment de jalousie poussa Aicha à prononcer de temps à autre des paroles encore plus lourdes que celle-ci. Un jour, alors que Hâla Bint Khuwaylid, la sœur de Khadija,  avait demandé au Prophète (saw) la permission d’entrer d’une voix ressemblant à celle de Khadija, le Prophète (saw) s’en réjouit et dit : « Ô Allah, est-ce Hâla la fille de Khuwaylid ! ». Aicha (r.anha) ne put le supporter et dit : « Pourquoi mentionnes-tu sans cesse celle qui fait partie de ces vieilles femmes de Quraych dont les dents sont tombées et qui est morte depuis longtemps. Allah te l’a remplacée par meilleure qu'elle ». Naturellement, en disant “meilleure qu’elle”, il était en fait question d’elle-même. Le Prophète (saw) qui trouva ces propos déplacés, cita les raisons de son attachement à Khadija :

«قَالَ مَا أَبْدَلَنِي اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ خَيْرًا مِنْهَا
Allah ne m'a point donné meilleure femme qu’elle.

قَدْ آمَنَتْ بِي إِذْ كَفَرَ بِي النَّاسُ
Elle eut foi en mon Message lorsque les gens le rejetèrent.

وَصَدَّقَتْنِي إِذْ كَذَّبَنِي النَّاسُ
Elle crut en moi lorsque les gens me démentirent.

وَوَاسَتْنِي بِمَالِهَا إِذْ حَرَمَنِي النَّاسُ
Elle dépensa ses biens pour m’apaiser lorsque les gens me délaissèrent.

وَرَزَقَنِي اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ وَلَدَهَا إِذْ لَمْ يَرْزُقْنِي مِنْ غَيْرِهَا
Et elle me donna, par la grâce d’Allah, la progéniture
qu'aucune autre épouse ne put me donner”. » (11)

Aicha (r.anha) remarqua que le prophète (saw) avait été très peiné par les paroles qu’elle avait tenues à l’égard de Khadija (r.anha), elle le regretta fortement et demanda pardon, puis dit : « Par Celui qui t’a envoyé en Prophète, je jure de ne parler dorénavant d’elle qu’en bien ».

Lorsque l’Envoyé de Dieu (saw) lui avait parlé de la révélation à laquelle il avait été sujet, Khadija qui connaissait très bien son époux crut en lui sans aucune hésitation. Elle lui remit tous ses biens et le soutint de toutes ses forces. Elle était la mère de ses enfants. Les difficultés qu’elle avait vécues au début de l’avènement de l’Islam et sa lutte sont inoubliables. Le Prophète ne pouvait en aucun cas oublier son épouse Khadija (r.anha) au nom justement de sa mission prophétique, car elle avait été d’un soutien indispensable. Cela est clairement visible dans les raisons que le Prophète (saw) cita à Aicha (r.anha) pour justifier son attachement à sa première épouse.

Évoquer les bons caractères d’une personne est très souvent une marque manifeste de l’amour et de l’attachement que l’on porte à l’égard de celle-ci. Le Prophète (saw) fut ainsi par sa propre pratique un exemple pour la communauté à ce sujet. Il ne manqua pas, par ailleurs, de rappeler les services et les qualités de Khadija (r.anha) comme élément de motivation pour la communauté musulmane tout entière et les femmes en particulier.

La posture d’Umm Salama (r.anha) et le conseil qu’elle donna au Messager (saw) pour résoudre ce problème, prouva d’une part, sa sagesse et sa maturité et démontra d’autre part, que le Messager n’éprouvait aucune gêne à tirer profit de la consultation qu’il eut avec son épouse, ce qui lui permit par ailleurs de trouver une solution dans un moment très critique.


2) Oumm Salama (r.anha)

Elle était la fille de Hudhayfa de la tribu Quraychite des Banu Umayya. Son véritable prénom était Hind et elle effectua, accompagnée de son premier mari Abdullah Ibn Asad, l’Hégire en Abyssinie où naquit son fils Salama (r.anhum). Son mari Abdullah fut blessé durant la bataille d’Uhud et mourut. Elle se maria avec le Prophète (saw) suite à la mort de son mari et devint une des mères des croyants.

Elle était connue parmi les compagnons par son savoir, son éloquence et ses vertus. Elle transmit 378 hadiths du Prophète (saw). Ses transmissions sont présentes dans Kutub al-sitta.

Elle décéda, à Médine, en l’an 62 de l’Hégire, alors qu’elle avait autour de 90 ans. Elle est la dernière épouse du Prophète (saw) à quitter ce monde. Elle fut inhumée au cimetière al-Baqi, à Médine.

Que Dieu soit satisfait d’elle !

Le Prophète (saw) avait pris la route, accompagné de ses compagnons armés juste de petites épées pour le voyage, pour effectuer le petit pèlerinage. Ils avaient atteint la place nommée Hudaybiya et s’y étaient arrêtés. Umm Salama (r.anha) accompagnait le Messager (saw) durant ce voyage.

(Le fait que le Prophète (saw) se fasse accompagner à chaque voyage d’une ou plusieurs de ses épouses peut être interprété de diverses manières. L’une des raisons de cette pratique apparaitra dans l’exemple que nous allons traiter maintenant).

L’accord conclut après de longues négociations prévoyait que les musulmans retournent  chez eux sans visiter la Kaaba. De nombreux compagnons furent très attristés de la situation, certains étaient presque révoltés. La situation s’envenimant davantage lorsque les musulmans, en raison de la trêve conclue, durent remettre Abu Jandal, qui avait fui les tortures à La Mecque, à Suhayl bin Amr, le représentant de son père et des Mecquois.

L’Envoyé de Dieu (saw) ne voulait pas attendre davantage et ordonna à ses compagnons : « Levez-vous, sacrifiez votre bête et rasez-vous les cheveux ! »

La majorité des compagnons présents était hésitante à s’exécuter, le pèlerinage n’avait pas été fait et la Kaaba n’avait pas été visitée, comment donc effectuer le sacrifice et retourner ainsi chez soi.

Il répéta à trois reprises son ordre aux compagnons qui lui avaient prêté allégeance quelques jours plus tôt, mais personne ne s’y soumis. Cela n’était pas en réalité une désobéissance, c’était plutôt une conséquence naturelle du sentiment de déception de ne pas avoir pu effectuer le pèlerinage et visiter la Kaaba. Il était cependant question d’un ordre de l’Envoyé de Dieu (saw). Sa demande ne pouvait être omise. Le Prophète (saw) n’avait jamais fait face à une telle situation ; il était triste, il rejoignit Umm Salam (r.anha) et lui dit :

« As-tu vu ces personnes qui refusent de se soumettre à mon ordre ? ».

Umm Salama (r.anha), telle une spécialiste, lui conseilla une solution très utile à un moment très délicat et critique :

« Ô Envoyé de Dieu, si tu veux qu’ils s’exécutent, sors et ne leur adressent plus la parole jusqu’à t’être fait couper les cheveux et avoir effectué ton sacrifice !

Ne blâme pas tes compagnons du fait qu’ils ne t’ont pas obéi. Ils ont réagi ainsi, car ils ont été en réalité très éprouvés par cet accord et par le fait de ne pas pouvoir visiter la Kaaba. Sois donc indulgent. Sors et devance-les dans ce que tu exiges, rase tes cheveux et effectue le sacrifice » (12) 

Le Prophète (saw) suivi son conseil et fit de la sorte. Cette mise en pratique du Prophète (saw) démontrait de façon claire la fin de toute possibilité de discussion. Les compagnons se mirent donc tour à tour à se raser la tête et sacrifier leurs bêtes. Au point qu’ils se mirent à rivaliser pour être les premiers, ce qui provoqua une bousculade autour du coiffeur. 

La posture d’Umm Salama (r.anha) et le conseil qu’elle donna au Messager pour résoudre ce problème, prouva d’une part, sa sagesse et sa maturité et démontra d’autre part, que le Messager n’éprouvait aucune gêne à tirer profit de la consultation qu’il eut avec son épouse, ce qui lui permit par ailleurs de trouver une solution dans un moment très critique.

Ali (ra) émit son opinion et dit : « Demandez ce qu’il en est à la servante d’Aicha, Barira, elle dira la vérité ». Le Prophète (saw) n’hésita pas une seconde à consulter et prendre l’opinion d’une simple servante concernant un sujet vraiment très délicat et important, bien qu’elle fut libérée auparavant.


3) Barira (l’esclave affranchie)

Le Prophète (saw) était accompagné, comme il lui était coutume, de ses épouses Aicha et Umm Salama (r.anhuma), lors de la bataille des Banu Mustaliq (Mouraysi), en l’an 5 de l’Hégire. Étant donné que ce voyage avait eu lieu après la révélation du Hijab (voile), elles voyagèrent cette fois-ci sur chameaux à l’intérieur d’une sorte de litière nommée en arabe Hawdaj.

Au retour de cette expédition, la caravane leva le camp en pleine nuit, alors que la caravane était à l’arrêt,  sous l’ordre du Messager (saw). Aicha (r.anha) s’était à ce moment éloignée de la caravane pour des besoins naturels. Elle remarqua à son retour qu’elle avait perdu son collier, elle y retourna donc et se mit à sa recherche. Elle revint trop tard à la caravane.

Les personnes à son service chargèrent la litière en pensant qu’elle y était et ne remarquèrent pas son absence. En effet, Aicha (r.anha) était si fine et légère qu’Ils ne se rendirent pas compte de la différence de poids.

Une fois revenue sur le lieu où la caravane s’était arrêtée, il n’y avait déjà plus personne. Elle pensa que le mieux serait de rester et d’attendre sur place jusqu’à que quelqu’un vienne la récupérer et elle s’endormit sur place.

Safwan bin al-Mu’attal al-Salmi (ra) était responsable dans cette expédition de suivre la caravane en arrière-garde et vérifier que rien n’avait été oublié.

Il remarqua alors la présence d’une personne allongée sur le sol et il s’approcha. Il reconnut Aicha (r.anha), car il l’avait déjà vu avant la révélation du verset ordonnant le voile. Il crut tout d’abord qu’elle était morte, il fit alors l’istirja qui consiste à dire : inna lillahi wa inna ilayhi raji’un. (Nous appartenons à Allah et nous Lui retournerons).

Aicha (r.anha) se réveilla au son de sa voix,  puis elle replia son voile sur son visage.

Safwan ne dit aucun mot et fit asseoir son chameau pour qu’elle puisse monter. Il l’emmena ensuite à la marche en tirant le chameau par sa bride jusqu’à le second lieu où la caravane s’arrêta l’après-midi. (13)

Le chef de file des hypocrites de Médine, Abdullah bin Ubayy al-Salul, voyant une femme arriver sur un chameau tiré par un homme, s’empressa de s’exclamer : « Qui est-ce donc ? » « Aicha » répondirent-ils. Et Ibn Salul ne manqua pas l’occasion de créer la discorde et diffamer l’épouse honorable du Messager (saw) en s’exclamant : « Par Allah, ni Aicha a pu s’échapper de lui, ni lui d’Aicha. La femme de votre Prophète a passé toute la nuit avec un homme, et la voilà qui arrive sur son chameau qu'il mène par la bride ».

L’évènement du Ifk débuta par les paroles mensongères d’Ibn Salul. Ifk qui signifie détourner une chose de sa réalité, calomnier…

L’objectif n’était pas uniquement de nuire à Aicha (r.anha). C’était, à travers la personne du Prophète (saw), d’Abu Bakr et de Safwan (r.anhuma), l’honneur et la dignité de tous les musulmans qui étaient visés.

Le mensonge d’Ibn Salul se répandit parmi les hypocrites au point que même certains musulmans y crurent.

Abu Bakr (ra) affirma sa souffrance en ces termes : « Nous n’avons pas connu telle calomnie même à l’époque de l’Ignorance (jahiliyya). Est-ce alors que nous sommes devenus musulmans que nous allons accepter une telle accusation ? »

Safwan (ra) était un compagnon à propos de qui le Prophète (saw) lui-même avait dit : « Je ne sais que du bien à son propos » (14). Il était très attristé par cette situation. Le Prophète (saw) ressentit le besoin de consulter ses compagnons et c’est ce qu’il fit avec les plus importants d’entre eux.  L’opinion commune qui sortit de cette consultation était que Dieu, qui avait protégé le Messager (saw) de toute sorte de souillure, ne permettrait pas une telle chose et le protègerait de toute situation indésirable.  

Ali (ra) émit son opinion et dit : « Demandez ce qu’il en est à la servante d’Aicha, Barira, elle dira la vérité ». Le Prophète (saw) n’hésita pas une seconde à consulter et prendre l’opinion d’une simple servante concernant un sujet vraiment très délicat et important, bien qu’elle fut libérée auparavant.

L’Envoyé de Dieu (saw) appela Barira et lui dit :

« يَا بَرِيرَةُ هَلْ رَأَيْتِ فِيهَا شَيْئًا يَرِيبُكِ
Ô Barira, as-tu vu quelque chose chez Aicha qui suscite le soupçon en toi? »

A quoi Barira répondit :

لَا وَالَّذِي بَعَثَكَ بِالْحَقِّ إِنْ رَأَيْتُ مِنْهَا أَمْرًا أَغْمِصُهُ عَلَيْهَا قَطُّ أَكْثَرَ مِنْ أَنَّهَا جَارِيَةٌ حَدِيثَةُ السِّنِّ تَنَامُ عَنْ الْعَجِينِ فَتَأْتِي الدَّاجِنُ فَتَأْكُلُهُ

« Non ! J’en jure par Celui qui t'a envoyé par la Vérité, je ne l’ai rien vu faire d’acte répréhensible, sinon qu'étant une toute jeune femme il lui arrivait parfois de s'endormir auprès de la pâte à pain qu’elle était en train de pétrir et les animaux domestiques la mangeaient ». (15)

Finalement, la révélation innocenta complètement Aicha (r.anha) et affirma que tout cela n’était que diffamation et mensonge.

Cela signifie que pour mettre en pratique la sunna concernant la consultation, il n’est pas important que le consultant soit un homme ou une femme, l’essentiel est que le consultant soit fiable (mu’taman) et compétent

 

CONCLUSION ET UNE RECTIFICATION QUANT A UNE PAROLE ATTRIBUÉE AU PROPHÈTE (SAW)

Ces trois exemples de consultations ne sont pas anodins : l’un concerne la révélation et donc la prophétie, le second se rapporte, en parallèle à la prophétie, à l’autorité d’un dirigeant d’État, tandis que le dernier porte sur la dignité de la famille du Prophète (saw) se trouvant en position de commandant.

Est-il possible d’imputer au Messager (saw), alors qu’il n’hésita aucunement à suivre les conseils de femmes, la parole : « Consultez les femmes et faites l’opposé de ce qu’elles disent » شَاوِرُوهُنَّ وَ خَالِفُوهُنَّ (16) ?  Al-Sahawi (902)(17), Al-Suyuti (911)(18) et Ali al-Qari (1014) (19) démontrèrent clairement que cette parole n’appartient en aucun cas au Messager (saw). Ajlouni écrivit quant à lui une page complète dans Kachf al-Khafa prouvant que cette parole n’a rien d’un hadith prophétique.

Il est en tous cas impossible, à la lumière des trois exemples étudiés, de prendre en considération cette parole dont la chaine de transmission ne va pas jusqu’au Prophète (saw) (marf’u). Cette parole peut tout au plus être une petite plaisanterie à l’égard des femmes du type : « Lorsque je vais à l’opposé de ce que ma femme m’a montré, j’arrive tout droit où je devais aller » ou « Lorsque je fais le contraire de ce que ma femme me dit, je me retrouve tout à coup à faire la bonne chose ».

Ce dernier exemple nous aidera surement à mieux comprendre cette pratique prophétique consistant à consulter et accepter le conseil des femmes :

Le Prophète (saw) maria sa fille Zainab à Abu’l-‘As sur le conseil de son épouse Khadija. Le transmetteur (rawi) rajouta une information importante, après avoir cité ce hadith, il dit : « وَكَانَ رَسُولُ اللَّه صلّى اللّه عليه و سلّم لاَ يُخَالِفُهَا Et le Prophète (saw) ne s’opposait jamais à son épouse Khadija » (20).

Cela signifie que pour mettre en pratique la sunna concernant la consultation, il n’est pas important que le consultant soit un homme ou une femme, l’essentiel est que le consultant soit fiable (mu’taman) et compétent. Cela est un enseignement prophétique, ainsi avait-il déclaré :  الْمُسْتَشَارُ مُؤْتَمَنٌ(le consultant doit être fiable et honnête). (21)

Par conséquent, il est essentiel que nos jeunes étudiantes en théologie dotées de compétences renforcées par les principes religieux prennent place dans notre société en tant que consultantes et conseillères qui, à travers leur personnalité et leur identité, résolvent les problèmes et n’en génèrent pas. Un tel résultat est, je le pense, l’attente et le souhait de notre peuple en particulier et de toute la communauté en général.


2.      Al-Naml (27), 56; voir : Al-A'raf (7), 82

3.      Nasâî, Nisa 1; Ahmed b. Hanbal, Musnad, III,128, 199,285 

4.      Bukharî, Bad’u’l-wahy 3; Muslim, İman 252

5.      Voir : Bukharî, Zakât 24, Adab 16, Buyû’ 100, İtk 12; Muslim, İman 194, 195, 196

6.      Voir : Tahdhibu Sirati İbn Hicham, I, 66

7.      Tahdhibu Siyrti İbn Hicham, I, 66

8.      Bukhârî, ‘Umra 11, Manâqibü’l-Ansâr 20, Nikâh 108, Adab 23, Tawhid 32, 35; Muslim, Fadâilu’s-sahâba, 71-74. Voir aussi : Tirmidhî, Manaqib 61; İbn al-Maja, Nikâh 56

9.      Bukhârî, Manâqibü’l-Ansâr 20.

10.  Bukhârî, Manâqibü’l-Ansâr 20; Muslim, Fadâilu’s-sahâbe 74-76. Voir aussi : Tirmidhî, Birr 70, Menâqib 70

11.  Bukhârî, Manâqibü’l-Ansâr 20; Muslim, Fadailu’s-sahâbe 78

12.  Ahmed b. Hanbal, Musnad, VI, 118

13.  Voir : Tecrid Tercemesi, VIII, 171

14.  Voir : İbn Hichâm, Sira, III, 311; Tecrid Tercemesi, VIII, 80

15.  Tecrid Tercemesi, VIII, 85

16.  Bukhâri, chahâdât 15 (Hadith al-ifk)

17.  فَدَعَا رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بَرِيرَةَ فَقَالَ يَا بَرِيرَةُ هَلْ رَأَيْتِ فِيهَا شَيْئًا يَرِيبُكِ فَقَالَتْ بَرِيرَةُ لَا وَالَّذِي بَعَثَكَ بِالْحَقِّ إِنْ رَأَيْتُ مِنْهَا أَمْرًا أَغْمِصُهُ عَلَيْهَا قَطُّ أَكْثَرَ مِنْ أَنَّهَا جَارِيَةٌ حَدِيثَةُ السِّنِّ تَنَامُ عَنْ الْعَجِينِ فَتَأْتِي الدَّاجِنُ فَتَأْكُلُه

17.  Ajlûnî, Kachfu’l-khafâ, II, 3

18.  Al-Maqkâsıdü’l-hasana, s. 248  

19.  Al-Laâli’i’-masnua, II, 174

20.  Al-Asraru’l-marfua, s 220

21.  Haythami, Majmu’z-zevâid, IX, 213

22.  Ahmed b. Hanbal, Musnad (muharraj), 37, 43

 

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