Les Compagnons
Ahl Al-Bayt
 

Les jeunes du paradis : Hassan et Hussein (r.anhuma)

Oussama ibn Zayd (ra) rapporte quant à lui : « Un jour alors que j’étais sorti, je vis le Messager (saw) avec quelque chose sous la veste. Je lui demandai ce qu’il avait sous la veste, il répondit alors en ouvrant sa veste et en montrant Hassan et Hussein : « Ce sont mes fils, les fils de ma fille Fatima ! Ô Allah je les aime et je t‘implore de les aimer eux ainsi que ceux qui les aiment ! » (7)

L’Envoyé de Dieu (saw) était un père et un grand-père doux et affectueux. Il était animé par un amour profond et sincère à l’égard de ses enfants et de ses petits-enfants et n’hésitait aucunement à le montrer ouvertement.

C’est sans aucun doute sa fille Fatima (r.anha) et ses petits-fils Hassan et Hussein (r.anhuma) qui profitèrent le plus de son amour. Fatima (r.anha) était la plus jeune de ses enfants et la seule à continuer à vivre après son décès. Il l’aimait beaucoup ; lorsqu’il la voyait, il se réjouissait, l’accueillait debout, l’embrassait en lui tenant la main, il la complimentait et la faisait s’assoir à ses côtés ou à sa propre place. (1) Lorsqu’il partait en expédition, il saluait parmi les membres de sa famille Fatima (r.anha) en dernière et à son retour, il allait tout d’abord à sa rencontre, puis seulement après l’avoir saluée, il partait voir ses épouses. (2) L’Envoyé de Dieu (saw) affirma par ailleurs que parmi les femmes, il chérissait le plus Fatima (r.anha) et parmi les hommes, Ali (ra). En effet, lorsque les compagnons demandèrent à Aicha (r.anha) : « Qui était la personne que le Prophète (saw) préférait ? » Elle répondit : « Fatima ». (4) Le Prophète (saw) affectionnait particulièrement les deux enfants de Fatima, Hassan et Hussein (r.anhum), et jouait très souvent avec eux.

Abu Hurayra (ra) rapporte qu’il était sorti avec le Prophète (saw) et que lorsqu’ils arrivèrent chez Fatima (r.anha), le Messager (saw) dit en sous-entendant Hassan (ra) : « Il est là le petit bonhomme ? Il est là le petit bonhomme ? » Puis lorsque Hassan (ra) vient à eux, il l’embrassa et dit : « Ô Allah, je l’aime et je t‘implore de l’aimer lui ainsi que ceux qui l’aiment ! ». (6) Oussama ibn Zayd (ra) rapporte quant à lui : « un jour alors que j’étais sorti, je vis le Messager (saw) avec quelque chose sous la veste. Je lui demandai ce qu’il avait sous la veste, il répondit alors en ouvrant sa veste et en montrant Hassan et Hussein (r.anhuma) : « Ce sont mes fils, les fils de ma fille Fatima ! Ô Allah, je les aime et je t‘implore de les aimer eux ainsi que ceux qui les aiment ! » (7)


Hassan (ra)

Hassan (ra), né en l’an 3 (625) de l’Hégire, à Médine, est le premier enfant de Fatima et Ali (r.anhuma). Il est rapporté qu’il ressemblait physiquement beaucoup au Prophète (saw). (8) Nous possédons peu d’informations quant à son enfance et à sa jeunesse. L’une d’elles indique qu’Omar bin Khattab (ra) avait attribué à Hassan (ra), dans le cadre du système de distribution d’aide qu’il avait lui-même mis en place, une attiyya de 5 000 dirhams équivalents à celle qui avait été attribuée à son père Ali (ra). (9) Il participa aux expéditions militaires à partir du califat d’Othman ibn ‘Affan (ra) (10) et fit parti des troupes envoyées en renfort par le gouverneur d’Égypte, Abdullāh ibn Sa'ad ibn Abī as-Sarh, pour soutenir les conquêtes effectuées en Ifriqiya. (11)

Hassan (ra) avait aussi fait partie des enfants de compagnons qui encerclèrent la maison du calife Othman (ra) pour le protéger des insurgés. Leurs efforts ne purent par contre malheureusement pas empêcher le meurtre de celui-ci. (12) Il participa à la vie politique à partir du califat de son père Ali (ra). Ainsi, il appuya, sur ordre de son père, les activités entreprises à Koufa pour mettre sur pied des troupes militaires qui combattraient les troupes de Jamal (participant à la Bataille du Chameau). Il fit cependant beaucoup d’efforts pour empêcher la guerre entre les musulmans et il avertit régulièrement son père à ce sujet. (13) Lorsqu’Ali (ra) fut blessé lors d’une attaque effectuée par le Kharijite, Abdurrahman Muljam, le 17e jour de Ramadan en l’an 40 de l’Hégire (24 janvier 661), certains de ses partisans vinrent le voir pour savoir s’ils devraient prêter allégeance à son fils Hassan (ra) dans le cas où il succomberait à ses blessures. Ali (ra) leur répondit que la décision revenait aux musulmans (14) ; et lorsqu’il mourut, deux jours après cet évènement, les koufites prêtèrent sans tarder allégeances à Hassan (ra). (15) Hassan (ra) transmit alors tout de suite l’information aux provinces voisines en dehors de Koufa en demandant à ses habitants d’accepter son califat. La capitale fut alors informée que toutes les provinces acceptèrent, hormis celle d’Égypte et de Cham (la grande Syrie), d’obéir au nouveau calife. La nouvelle selon laquelle Muawiya (ra) s’était déclaré calife, à Damas, et préparait ses troupes pour les envoyer sur Koufa se répandit. Bien qu’il exigeât des koufites, ainsi que des habitants des provinces qui acceptèrent son califat, d’intégrer ses troupes, lorsqu’il fut informé de la venue de l’armée de Cham, il n’obtint pas le soutien attendu. Il partit alors de la capitale, Koufa, avec une troupe constituée d’un nombre de soldats moins important que prévu. Il désigna Ubaydullah bin Abbas, le cousin du Prophète (saw) et d’Ali (ra), à la tête des troupes d’avant-gardes. (16) Alors que cette unité se dirigeait vers Cham, Hassan (ra) se retira avec sa troupe à Madaïn, où Il apprit qu’Ubaydallah était passé du côté adverse. Une grande panique et confusion envahirent le quartier général du calife lorsqu’ils apprirent, très peu de temps après, la mort du deuxième commandant, Qays bin Sa’ad. Ce désordre prit une telle ampleur qu’une partie de ses troupes s’opposèrent au calife, ils le chargèrent même et se mirent à piller sa tente. Hassan (ra), étant donné la situation, perdit petit à petit espoir en les Irakiens.

À ce moment exact, parvinrent à Hassan (ra) les émissaires de Muawiya (ra). Abdurrahman bin Samura et Abdullah bin Amir, qui faisaient tous deux partie de cette délégation, lui garantirent que s’il renonçait au califat toutes ses exigences lui seront accordées et ses demandes acceptées. Ils arrivèrent, après maintes discussions, à un accord avec pour condition la restitution du califat à Muawiya (ra). (17) Les historiens musulmans désignèrent l’année 41 de l’Hégire (661) en raison de cet accord conclu entre les deux camps : l’année du rassemblement (jama’a). (18) Hassan (ra) et sa famille se rendirent à Médine où il passa la fin de sa vie loin de tous mouvements politiques. (19) Il décéda le 28 Safar en l’an 49 (7 avril 669). Il demanda à son frère Hussein (ra) de l’enterrer auprès du Prophète (saw) où, si cela n’était pas possible, à Janna al-Baqi. L’administration omeyyade refusa sa première demande, il fut donc enterré au cimetière al-Baqi aux côtés de sa mère. (20)

Il est prétendu, particulièrement dans les sources chiites, que Muawiya (ra) aurait commandité la mort de Hassan (ra) par le biais de son épouse Ja'da Bint Ash'ath bin Qays qui l’aurait empoisonné. Cependant, il est indéniable qu’Hassan (ra), ayant transmis le califat à son opposant, ne représentait plus aucun danger pour Muawiya (ra). Il n’y avait donc aucune raison pour qu’il l’assassine. Nous sommes d’avis qu’il serait plus juste de penser qu’Hassan (ra) soit mort de façon naturelle. (21)

Il a été rapporté que l’Envoyé de Dieu (saw) a déclaré à propos d’Hassan (ra) : « Mon fils que voici est un maître très honorable. Allah réconciliera grâce à lui deux grands groupes de musulmans (en conflit) » (22)

Oussama ibn Zayd (ra) rapporte que le Prophète (saw) l’avait pris dans ses bras ainsi que Hassan (ra) et il avait dit : « Ô Allah, aime-les ! Moi je les aime ! » (23)

L’Envoyé de Dieu (saw) avait dit concernant Hussein (ra) et son autre petit fils, Hassan (ra) : « Hassan et Hussein sont les deux Maîtres des jeunes du Paradis » (34) et « Celui qui aime Hassan et Hussein m’aura aimé et celui qui les déteste m’aura détesté ». (35)


Hussein (ra)

Hussein (ra) est né en l’an 4 de l’Hégire (626), à Médine. Les sources historiques musulmanes font mention de lui dans le cadre des expéditions militaires effectuées durant le califat d’Othman (ra). (24) Il participa avec son frère Hassan (ra) aux campagnes militaires visant à conquérir la région du Khorasan sous le commandement du gouverneur de Koufa, Sa’îd bin al ‘As. (25) Puis il participa à toutes les actions politiques et militaires à partir du califat de son père, Ali (ra). À la mort de son père, il prêta allégeance à son frère Hassan (ra), mais il s’opposa à ce que son ainé remette le califat à Muawiya (ra). Il renonça par la suite à sa position et quitta aussi Koufa pour partir à Médine avec son grand-frère Hassan (ra). (26) Il fut l’une des principales figures parmi les compagnons qui s’opposèrent à ce que Muawiya (ra) demande allégeance pour son fils Yazid. Muawiya (ra) se rendit alors à Médine devenue le centre de l’opposition afin de convaincre les récalcitrants. Les efforts du calife ne furent pas suffisants ; de nombreux fils de compagnons, avec Hussein (ra) à leur tête, refusèrent qu’il désigne Yazid comme héritier en raison que cela mettrait fin au système de consultation (choura) en faveur d’un système de sultanat (héréditaire). Ils quittèrent finalement Médine pour s’installer à La Mecque. Bien que Muawiya les suivit pour les convaincre, il ne put avoir leur soutien. (27) Lorsque Muawiya mourut, son fils Yazid devint calife. Les habitants de Koufa, opposés au pouvoir central, décidèrent d’inviter Hussein (ra) installé à La Mecque à les rejoindre chez eux. Les lettres qu’ils envoyèrent à Hussein le conviaient à venir à Koufa et à rassembler contre Yazid tous ses opposants dispersés dans le monde musulman. (28) Hussein (ra) prit au sérieux cette invitation et envoya comme représentant son cousin Muslim bin Aqil à Koufa. Lorsque Muslim arriva sur place, il fut témoin d’une grande attention ; de nombreux groupes d’opposants étaient apparus, ce qui lui donna beaucoup d’espoir, il décida donc d’appeler Hussein (ra) à le rejoindre. (29) Alors qu’au même moment, Yazid avait nommé le gouverneur de Bassora, Ubaydullah bin Ziyad, à la direction de la province de Koufa. À peine arrivé, le nouveau gouverneur de Koufa entreprit de suite des opérations à l’encontre des partisans de Hussein (ra) et ses soldats capturèrent Muslim, puis le tuèrent. (30)

Hussein (ra), ignorant les dernières évolutions, prit la route vers Koufa dès la réception de la lettre de Muslim. Ubaydullah bin Ziyad, qui avait pris le contrôle de toute la ville, apprit qu’Hussein (ra) était parti de La Mecque et chargea Hussein bin Numayr de suivre cette affaire. Hussein (ra) et ceux qui l’accompagnaient rencontrèrent les troupes envoyées par Hussein bin Numayr avec à leur tête le commandant Hurr bin Yazid dans la zone géographique nommée Dhu Husam. La mission de ces troupes était d’identifier toutes personnes qui sortiraient de La Mecque, de les surveiller et de les faire parvenir à Koufa. Hussein (ra) fut finalement escorté jusqu’à la région de Ninowa, à 100 km de la ville actuelle de Bagdad, au lieu-dit : Karbala. (31)

Un jour plus tard, Omar bin Sa’ad bin Abi Waqqas vint à Karbala avec une armée de 4 000 hommes. Le gouverneur, Ubaydullah, lui ordonna de forcer Hussein (ra) à faire allégeance à Yazid et d’empêcher l’accès à l’eau potable à tous ceux qui l’accompagnent. Tous ces évènements arrivèrent 3 jours avant qu’Hussein (ra) soit fait martyr. Il avait pourtant exigé du commandant de l’armée koufite de leur permettre de rebrousser chemin, de partir faire le jihad dans les régions limitrophes ou d’aller à la rencontre de Yazid, mais toutes ses propositions furent refusées.

Une flèche lancée par Omar bin Sa’d, le Vendredi 10 Muharram 61 (10 Octobre 680), en direction des partisans de Hussein (ra) fit débuter la guerre. Le camp d’Hussein étant très peu nombreux, leurs membres furent, un par un, tous tués, il ne resta plus que Hussein (ra). Chaque soldat qui l’approchait revenait sans oser le tuer. Finalement, sur l’ordre catégorique de Chamir, les soldats se chargèrent d’Hussein (ra) et un soldat koufite du nom de Malik bin Nusayr le blessa en le frappant à la tête. Puis Chamir ainsi que dix autres soldats attaquèrent à nouveau Hussein (ra), alors blessé, et le firent martyr ; 72 personnes perdirent la vie aux côtés d’Hussein (ra). (32) Le martyr d’Hussein (ra), qui eut lieu durant la tragédie de Karbala, est considéré comme un des évènements les plus dramatiques ayant marqué de nombreux siècles le monde musulman. Au point que cette tragédie est citée par les historiens parmi les causes les plus importantes qui entrainèrent la chute de la dynastie omeyyade. Cet évènement transforma le chiisme, qui consistait simplement à être partisan d’Ali, en une croyance qui accorde le droit de gouverner exclusivement à la descendance d’Ali (ra). Ils défendirent cette thèse, en réaction au système omeyyade qui accordait le droit de gouverner de manière héréditaire, et en firent même une condition religieuse. Le martyr d’Hussein (ra), à Karbala, devint par la suite, un évènement fondateur de la pensée chiite et de toutes leurs actions politiques. (33)

L’Envoyé de Dieu (saw) avait dit concernant Hussein (ra) et son autre petit fils, Hassan (ra) : « Hassan et Hussein sont les deux Maîtres des jeunes du Paradis » (34) et « Celui qui aime Hassan et Hussein m’aura aimé et celui qui les déteste m’aura détesté ». (35)

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1. Muslim, Fadâil, 98; Abû Dâoud, Adab, 143, 144; Tirmidhî, Manâkib, 60.

2. Abû Dâoud, Tarajjul, 21.

3. Tirmidhî, Manâkib, 61.

4. idem

5. Bukhari, Manakib, 27; Muslim, Fadail, 17.

6. Bukhari, Menakîb, 27; Muslim, Fadail, 17; Tirmidhi, Manakib, 31.

7. Bukhari, Manakib, 27; Tirmidhi, Manakib, 31.

8. İbn Abdilbarr, al-İstîâb fî ma’rifati’l-ashâb, caire., tome. I, p. 384.

9. Balâzürî, Futûhu’l-buldân, tahkik : Abdullah Anis et-Tabbâ-Omar Anis et-Tabbâ, Beyrouth 1987, p. 637.

10. Balâzürî, a.g.e., s. 467-468; Tabari, Tarikhu’l-umam wa’l--mulûk, tahkik : Muhammad Abu’l-Fadl İbrahim, Beyrouth, IV, 269-271.

11. İbn Khaldun, Tarih, Beyrouth 1998, tome. II, p. 573.

12. Tabari, IV, 269.

13. Tabari, IV, 456-458, V, 158.

14. Tabari, V, 146-148; İbn Abdilbarr, el-İstîâb, I, 385.

15. Tabari, V, 158; İbnu’l-Athîr, al-Kâmil fi’t-Tarih, Beyrouth 1986, tome III, p. 202.

16. Tabari, V, 158.

17. Bukhari, Sulh, 9; Manakib, 25.

18. Tabari, V, 165.

19. Tabari, V, 165.

20. İbn Abdilbarr, I, 389, 392.

21. Pour l’analyse de ces hadiths voire : Adnan Demircan, İslam Tarihinin İlk Asrından İktidar Mücadelesi, İstanbul 1996, p. 95-102.

22. Bukhari, Fadail, 22; Sulh, 9; Fitan, 20; Manakib, 25; Tirmidhi, Manakib, 31.

23. Bukhari, Fadail,18, 22.

24. İbn Abdilbarr, I, 392.

25. Balazuri, Futûh, p. 467-468.

26. Khalifa ibn Khayyât, Tarikh, tahkik : Zuhayl Zakkâr, Beyrouth 1993, p. 160-164; İbn Kutayba, al-İmâma wa’s-Siyâsa, tahkik : Tâhâ Muhammad Zaynî, Le Caire 1967; Kitabu’l-Maârif, Beyrouth 1970, I, p. 157-167.

27. Tabari, V, 301-304.

28. Abû Mihnaf, Maktalu’l-İmam al-Hussein, tahkik : Hasan Abullah Abû Salih, 1997, p. 17; Dinawarî, al-Akhbâru’t-Tivâl, Ömer Faruk Tabbâ, Beyrouth, p. 207-208.

29. Ya’kubî, Tarikh, Beyrouth 1960, II, s. 242.

30. Dinawarî, s. 221-223; Tabari, V, 247-393.

31. Tabari, V, 401-409.

32. Ya’kûbî, II, 245; Tabari, V, 427-455.

33. Adem Apak, Anahatlarıyla İslam Tarihi, İstanbul 2011, tome III, p. 83-100. Voire : Ethem Ruhi, Fığlalı, “Hüseyin”, DİA, XVIII, p. 518-521.

34. Tirmidhi, Manakib, 31.

35. Ahmed b. Hanbel, Musned, II, 288, 440, 531; İbn Maja, Mukaddima, 11.

 

 

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