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Un Savant Musulman Dépourvu de Toute Nationalité: Muhammad Hamidullah

Interview de Salih Tug sur Muhammad Hamidullah et son œuvre : « Le Prophète de lIslam ».

Lorsque nous observons les travaux et la vie du Professeur Muhammad Hamidullah, nous pouvons affirmer qu’il nous a laissé un tel héritage scientifique et intellectuel qu’une vie ne suffirait pas à le reproduire. Comme l’indique le Professeur Salih Tug, c’est la vie d’une personne, que l’on qualifie de Heimatlos (Sans Patrie) en droit international, qui a débuté en Inde et a continué en Allemagne, en France, puis en Turquie et encore bien d’autres pays. Cela n’a pu arriver que par la volonté divine.  C’est un destin rare que de perdre tous ses droits dans son propre pays pour finalement s’étendre et prendre domicile tant vers l’Occident que vers l’Orient pour y transmettre son savoir.

Hamidullah a été une source d’espoir pour les populations musulmanes au moment où elles vivaient de nombreux traumatismes au contact du monde moderne.  Salih Tug souligne que c’est dans ce cadre-ci que Hamidullah a été très suivi et respecté en Turquie. Il a été ainsi considéré comme son « ami fidèle», un des disciples les plus importants de Hamidullah et le traducteur de son œuvre en turc, « Le Prophète de l’Islam ». Le Professeur Salih Tug a ainsi répondu à nos questions.

D’autres dans le passé ont possédé des qualités semblables à Hamidullah, aucun n’a donné autant d’effort à la prédication dans le monde entier. Certains chercheurs ont pu atteindre les sommets et devenir très connus, mais les travaux de Hamidullah rayonnent aujourd’hui encore dans le monde entier

Hamidullah possèdait des qualités présentes chez d’autres. Cependant, il a réussi à faire ce que personne n’avait pu faire auparavant, ce qui a élevé son rang au dessus des autres. Certainement d’autres savants ont existé dans le passé, mais sa prédication en parallèle à ses recherches le distingua des autres savants. C’était un savant qui s’était très bien formé. Le fait qu’il ait grandi en inde dans la ville d’Hyderabad, dans une région en relation étroite avec l’Empire Ottoman et le Palais du « Nizam » (gouverneur), entouré de savants en particulier son père et sa mère et d’autres, a sans aucun doute favorisé sa formation. Je peux affirmer que quoique d’autres dans le passé ont possédé des qualités semblables à Hamidullah, aucun n’a donné autant d’effort à la prédication dans le monde entier. Certains chercheurs ont pu atteindre les sommets et devenir très connus, mais les travaux de Hamidullah rayonnent aujourd’hui encore dans le monde entier.

Quelles particularités du professeur font de lui un savant contemporain de grande importance ?

Dès ses débuts dans les écoles d’Hyderabad, très jeune, il maîtrisait l’arabe et le perse, ainsi que l’anglais étant donné que le continent indien était sous le contrôle de l’Angleterre. Cette maîtrise des langues lui avait permis d’accéder à de nombreuses œuvres. Il possédait un esprit critique, une analyse et une logique sans semblable. C’est ainsi qu’il a été capable de tirer un message du passé en comparant les événements historiques aux événements contemporains.

Je désire vous donner un exemple de son énergie inépuisable: C’était le premier jour d’une fête religieuse. Les musulmans, ainsi que Hamidullah et ses proches, prièrent dans une mosquée de la ville et se félicitèrent. À leur retour à la maison, le papa ne voyant pas Hamidullah se mit en colère et s’exclama : «  Où est Muhammad alors qu’il devrait être avec sa famille en ce jour de fête ». Il nous a été transmis qu’il était à ce moment, en train d’analyser les sources classiques. Son père s’était alors calmé. Il était alors encore très jeune et n’avait pas encore fait son doctorat, mais cette énergie et cette force persistèrent jusqu’à son dernier souffle.

Comment son sens de la recherche se reflète-t-il dans ses écrits ?

Une illustration de son intelligence et de son implication dans ses recherches est sans aucun doute l’importance qu’il accordait à effectuer des recherches sur le terrain avant d’écrire sur un sujet. Il est possible d’écrire rapidement les batailles du prophète et cela en se référant même à quelques hadiths et versets. Cela est simple, il suffit de rassembler une dizaine d’ouvrages sur le bureau et d’écrire sur ce sujet. Mais il n’a pas fait ainsi, lorsqu’il a écrit les batailles du Prophète, il a réutilisé toutes ses compétences acquises du scoutisme durant ses années dans l’école d’Hyderabad pour visualiser, analyser et modéliser le terrain.  Il a complété ses connaissances issues du Coran et des Hadiths avec ses inspections effectuées sur place afin de narrer la bataille de Badr, d’Uhud et de Khandaq. Il a tenté de déterminer la largeur que pouvaient avoir les tranchées et s’est mis à la cherche des traces de celles-ci. Il a analysé les lieux, pris des photos, recherché des écritures sur les pierres et rochers de l’époque. Bien sûr, ses recherches l’ont transporté aussi vers La Mecque. Il a écrit la prise de La Mecque d’une manière exceptionnelle en prenant compte de la situation topographique de la région et des résultats de ses analyses sur place. Il a même essayé de retrouver le lieu exact de la bataille de Hunayn dont on sait uniquement qu’il se trouve à l’extrême Est de La Mecque. Aujourd’hui encore le lieu exact de cette bataille est toujours inconnu, mais Hamidullah a traversé les déserts pour tenter de le retrouver.

De nombreuses personnes ont critiqué son dévouement vis-à-vis de la recherche en le qualifiant d’individualiste. Ils ont pensé qu’il ne participait jamais aux activités sociales. Cependant, cela ne reflète pas la vérité. Il a été  très actif après 1947, alors professeur en droit international à Paris, il défendait l’indépendance d’Hyderabad vis-à-vis de l’Inde et de L’Angleterre. Si cela n’est pas une participation active à la société, qu’est-ce que c’est ?

Est-ce quil s’était plongé uniquement dans la recherche ? Il possédait aussi une personnalité activiste, nest-ce pas ?

De nombreuses personnes ont critiqué son dévouement vis-à-vis de la recherche en le qualifiant d’individualiste. Ils ont pensé qu’il ne participait jamais aux activités sociales. Cependant, cela ne reflète pas la vérité. Il a été  très actif après 1947, alors professeur en droit international à Paris, il défendait l’indépendance d’Hyderabad vis-à-vis de l’Inde et de L’Angleterre. Si cela n’est pas une participation active à la société, qu’est-ce que c’est ? Le professeur n’agissait pas, à ce moment, dans le cadre de ses recherches, mais défendait une réalité juridique. À cette époque, Hamidullah défendait dans les bâtiments du siège de l’ONU à Paris qu’Hyderabad était un État autonome. Il travaillait pour l’indépendance d’Hyderabad face à l’Inde, ses principaux arguments étaient que cette région possédait déjà son propre palais (issus du Palais Ottoman suite à la venue de deux mariées qui permit l’apparition d’un état princier) et sa propre organisation. Il défendait cette thèse à Paris au siège des Nations Unies sous l’étiquette de professeur en droit international. Mais le destin a voulu que cette région autonome, sous tutelle anglaise, soit envahie par l’Inde, puis annexée comme État de l’Union indienne. Cet État semi-autonome, lié de près à la Turquie, sera contraint de disparaître et sa famille princière sera exilée. En raison des efforts et travaux de Hamidullah pour l’indépendance d’Hyderabad, le nouveau gouvernement d’Inde avait confisqué le passeport du professeur alors à Paris et l’avait déchu de la nationalité. Hamidullah était devenu un Heimatlos, personne sans aucune nationalité, il lui était interdit de séjourner en Inde. Après avoir reçu un enseignement suffisant à l’université d’Osmania à Hyderabad, il était parti faire une thèse en Allemagne puis avait commencé une autre thèse en droit international la même année en France. On oublie très souvent tous ses efforts et le temps qu’il avait donnés pour la reconnaissance d’Hyderabad au milieu de deux thèses. Toutes ses actions concernant cette cause sont souvent malheureusement passées inaperçues.

Selon vous, comment son expérience politique et sociale sest-elle reflétée sur ses travaux ?

Son destin (son statut de Heimatlos) l’avait contraint à vivre à Paris. Il avait été forcé à cela, il n’avait jamais choisi de lui-même de vivre en Occident. Une fois sa famille rapatriée en France, après 1947, il n’a plus jamais mis les pieds dans son propre pays. C’est ainsi que l’histoire et le destin lui avaient grand ouvert les portes pour qu’il puisse transmettre l’Islam en Occident.

La vie, pour un musulman ou un non-musulman, n’est pas uniquement organisée par notre raison, effort et énergie. La volonté divine aussi donne une direction à notre vie. Le destin a poussé Hamidullah à Paris. Une fois à Paris, le destin le poussa cette fois-ci à se dévouer complètement à la prédication de l’Islam, car tous ses efforts pour la reconnaissance d’Hyderabad par les Nations Unies dans différents pays occidentaux avaient échoué. Ce personnage n’a pas été comme les autres savants du passé qui se limitaient uniquement à l’acquisition de la science. Il a de plus, transmis son savoir et ses connaissances aux musulmans et non-musulmans dans l’objectif de faire parvenir L’Islam à tous. Cela est le destin, je ne sais pas combien de personnes ont vécu un tel destin.

Hamidullah n’a jamais couru derrière des objectifs mondains. D’ailleurs à ce sujet, il n’a jamais réclamé des droits d’auteur sur ses œuvres. Il exigeait que l’on réinjecte sa rémunération de droits d’auteur à la publication du livre pour baisser son coût et ainsi transmettre la religion au plus grand nombre, au prix le plus bas. En retirant ses droits d’auteur du prix du livre, il désirait exercer sa fonction de tabligh (transmission de l’islam). Son objectif était que ses œuvres parviennent au plus grand nombre de personnes.

Hormis ses qualités en tant que chercheurs, quelles autres caractéristiques possédait-il ?

Bien sûr, on peut encore dire énormément de choses sur ses qualités de chercheur. Ce que j’ai pu observer à côté de toutes ses qualités scientifiques, c’est sans aucun doute son comportement vertueux et son ascétisme. D'ordinaire les chercheurs se plongent et se noient uniquement dans leurs travaux. Mais cela n’a pas été le cas de Hamidullah. Il a dépassé le rend de simples scientifiques et a été un savant vertueux et ascète. Puis il a complété toutes ses qualités, présentes chez d’autres auparavant, par son dévouement à la transmission et la prédication de l’islam. Cet effort apparaît dans toutes ses œuvres publiées en français, en allemand, en anglais, en arabe, en japonais et en turc. Il a transmis l’Islam au monde entier à travers ses livres écrits à partir des sources classiques et enrichis de son analyse scientifique. Cela a été vu chez très peu de personne. Hamidullah a été, parmi les figures ayant toutes ces qualités, une des personnes les plus importantes de ce siècle. Il est simple de dire d’une personne qu’il est savant, vertueux, ascète ou musulman. Toutes ses qualités et connaissances disparaîtront avec vous à votre mort. Mais le professeur Hamidullah a œuvré pour être utile aux jeunes générations et aux populations de son époque et continuera à l’être pour les générations futures.

Dans sa résidence de cinq étages se trouvait une servante âgée de 80 ans. Lorsque j’ai rencontré cette dame à Paris, elle m’a parlé de Hamidullah en ces mots : « Ce n’est pas qu’un savant, c’est un saint ! » Hamidullah n’a jamais couru derrière des objectifs mondains. D’ailleurs à ce sujet, il n’a jamais réclamé des droits d’auteur sur ses œuvres. Il exigeait que l’on réinjecte sa rémunération de droits d’auteur à la publication du livre pour baisser son coût et ainsi transmettre la religion au plus grand nombre, au prix le plus bas. En retirant ses droits d’auteur du prix du livre, il désirait exercer sa fonction de tabligh (transmission de l’islam). Son objectif était que ses œuvres parviennent au plus grand nombre de personnes.

Lors d’une de nos rencontres, Nurettin Topcu m’avait demandé si Hamidullah adhérait à une voie initiatique spirituelle (sayri suluk) et répétait sans cesse à son sujet : « Il est quelqu’un de différent ». Et moi aussi, j’essaye depuis le début de notre conversation de vous expliquer cette particularité qui le caractérisait. Nurettin Topcu avait remarqué cette différence, mais il n’avait pas réussi à la définir. Oui, c’est vrai, il était différent. Sa différence était qu’il passait tout son temps, chaque instant, à faire des choses utiles. Hormis le temps passé à manger, boire et se déplacer de la bibliothèque à son domicile, il dédiait tout son temps à ses travaux. Alors que tout le monde perd son temps pour des affaires mondaines, le professeur les a complètement rejetés d’un revers de la main.  Il disposait donc de beaucoup de temps libre pour ses recherches et travaux. Ainsi, sa durée de vie d’environ 90 années a été équivalente à 180 voire 300 années. Et cela, car il ne perdait jamais son temps à faire ou dire des choses inutiles.

Certains critiquent Hamidullah et soutiennent quil a écrit ses livres avec lintention de répondre uniquement aux orientalistes. Quest-ce que vous pouvez nous dire à ce sujet ?

Je voudrais encore rajouter autre chose concernant ses qualités de scientifique: il croyait en l’importance de mettre au clair les sujets confus concernant l’Islam. Il défendait la thèse qu’il ne fallait rien dissimuler, tels que l’interdiction de l’usure, le fait de couper la main, le sacrifice, les informations décrivant l’aspect physique du Prophète (saw), l’événement concernant Zaynab ou les événements arrivés durant la jeunesse du Prophète (saw) et d’autres sujets encore. Il affirmait que les musulmans étaient responsables de traiter ces sujets en conformité aux réalités scientifiques. Il voulait en tant que scientifique que tous ces événements soient traités en détail et c’est ce qu’il a fait. Il soutenait que si les musulmans n’effectuent pas eux-mêmes cette tâche, alors des personnes hostiles, avec de mauvaises intentions, ne maîtrisant pas du tout l’arabe, avec une connaissance vague de l’Islam et une connaissance limitée de tous les hadiths, le feraient à notre place. Il soulignait sans cesse que les musulmans devaient maîtriser ces sujets pour garantir leur droit à la parole concernant ces thèmes délicats. Et c’est ce qu’il a entrepris durant toute sa vie. Par exemple, tout le monde dit tout et n’importe quoi concernant l’ascension du Prophète (saw) et les orientalistes en font autant. Tel que Salman Roushdi et « Les Versets Sataniques » ou encore, en Turquie, Abdullah Riza Erguven et son livre « Yasak Tümçeler » (Les Phrases Interdites). De tels sujets construits autour de simple rumeur sont simples à tirer dans le sens désiré, tout le monde est capable de cela. Il disait que nous ne devions pas fuir ces thèmes, mais que nous devions les analyser et les expliquer avec nos propres arguments. C’était dans ce sens que le professeur disait que nous ne devions rien dissimuler. Il disait que nous devons parler ouvertement des faits tels que l’ascension, la lapidation de ceux qui commettent l’adultère, l’amputation de la main des voleurs, l’écriture des hadiths à l’époque des compagnons. Hamidullah disait qu’il fallait que l’on expose et explique nous-mêmes à notre communauté ainsi qu’au monde entier les sujets auxquels les orientalistes s’attaquent spécifiquement dans l’objectif de nuire à l’islam. Et donc en réalité son objectif était d’empêcher les orientalistes de semer le trouble dans nos affaires.

Beaucoup de biographies du Prophète ont été écrites jusqu’à nos jours, cependant l’œuvre de Hamidullah « Le Prophète de lIslam » est devenue très rapidement un classique incontournable dans ce domaine. Quelles originalités ont fait de cette œuvre le livre de chevet des lecteurs de la biographie du Prophète (saw) ?

Je suppose que la première raison est sa formation de grande qualité. Cela s’explique par la qualité de ses enseignants tant dans son entourage familial qu’à l’université d’Osmania à Hyderabad. De plus, Hamidullah possédait une logique et capacité de lecture et analyse hors du commun.  Doté de toutes ces compétences, il était capable de présenter les sujets d’une manière très adroite. Cette réussite, cette différence, est liée à sa formation, au fait qu’il a pu réunir en lui différentes spécialités, nécessaires aux savants, mais aussi sa santé (Je précise l’importance de la santé, car plus d’un jeune chercheur compétent ont disparu devant mes yeux. Ils nous ont quittés très jeunes et n’ont pas pu finaliser leurs travaux. De nombreux savants ont disparu des facultés de lettres, de théologie ou autre à un très jeune âge. Mais notre professeur, comme je l’ai déjà dit, a vécu jusqu’à 90 ans).

En parallèle à sa formation et ses compétences se rajoutent ses vertus et son ascétisme qui font de lui une personne hors du commun. Il n’avait peur d’aucune chose, d’aucune science. Comme je l’ai dit tout à l’heure, le fait qu’il désirait que l’on débatte de tout ouvertement et scientifiquement le rend exceptionnel.  Et cela démontre aussi qu’il était très ouvert d’esprit. Par exemple, on accusait le Prophète (saw) de s’être associé aux brigands qui coupaient la route aux caravanes dans le désert. Ainsi, on a essayé de faire passer le Prophète (saw) de la paix pour un prophète de guerre. En raison de cela, certains orientalistes l’ont accusé injustement d’être un bandit de grand chemin. Mais Hamidullah expliquait cet événement avec un oeil de professeur de droit international. Il affirmait que le gouvernement principal du Hedjaz était partagé entre les tribus mecquoises constituées d’associateurs (moushrik). Il y avait à La Mecque un gouvernement, une cité-État.  Cette cité-État n’a pas pu tolérer les musulmans, suite au boycott et à la confiscation de tous leurs biens les musulmans ont été contraints de quitter La Mecque et de faire l’hégire. Et Muhammad (saw) durant sa prophétie a débuté la construction d’une nouvelle cité-État à Médine. Il a mis en place en accord avec les musulmans et non-musulmans une constitution.

Dans le cadre de cette constitution, les musulmans se sont répartis les tâches à l’identique du gouvernement de La Mecque.  Ce gouvernement de Médine fonctionnait tel un gouvernement en exil. Hamidullah exposait le statut juridique des relations entre La Mecque et Médine et affirmait que ces deux cités étaient en état de guerre. En raison de son respect en vers cette cité sacrée renfermant la Kaaba, le Prophète Muhammad (saw) désirait faire plier La Mecque sans guerre, en empêchant simplement les relations économiques de La Mecque avec les régions avoisinantes. Il voulait éviter absolument que la ville sacrée ne soit détériorée et c’est pour cette raison qu’il a retardé la prise de La Mecque durant de longues années. Cette opération visant à affaiblir l’ennemi a provoqué la fin de la cité-État de La Mecque et a permis le rassemblement du Hedjaz autour d’un gouvernement unique. Regardez comment le professeur Hamidullah explique et replace d’un point de vue juridique le détournement des caravanes mecquoises. Que cela soit de la part des orientalistes ou par sensibilité religieuse, ils collent directement une étiquette, alors que la réalité est différente. C’est cet aspect qui fait la différence des œuvres de Hamidullah et de son livre « le Prophète de l’Islam ». La principale caractéristique du professeur se trouve dans sa méthode qui consiste à exposer tous les faits, sans rien dissimuler, de manière scientifique et pluridisciplinaire. On retrouve approximativement cette méthode dans toutes ses œuvres.

Pouvez-vous nous parler de linfluence de Hamidullah sur les théologiens turcs ?

D’un point de vue sociologique, je peux dire que la Turquie a connu jusqu’à la création de la république une période ottomane. Cet empire se compose d’un aspect culturel et d’une structure politique. Durant les réformes politiques de la République (inkilap), une culture différente est apparue. Cette période a tenté d’exporter la Turquie vers un autre contexte culturel. Cette politique culturelle a continué de la période du Parti unique jusqu’à environ 1946. C’est-à-dire qu’il a été tenté de détourner la Turquie des valeurs islamiques et de l’Islam.  Les valeurs islamiques n’ont pas été insultées, mais l’objectif était de confiner l’Islam dans un recoin. C’était une époque où l’opposition n’était pas possible. À partir de 1946, qui marque le début du multipartisme, la Turquie vit en réponse, à une politique plus participative et libérale une revivification religieuse. Cet éveil religieux existait déjà durant la période du Parti unique, cependant les lycées islamiques et facultés de théologie avaient été fermés. Et les populations désireuses d’apprendre leurs religions s’asseyaient au chevet d’imam et ainsi la culture islamique se construisait. L’enseignement religieux résultait davantage d’efforts personnels et non institutionnels. Durant la période multipartiste, dans une société pluraliste, participative et libre, les populations ont démontré une motivation exceptionnelle concernant l’apprentissage de la religion. Seuls ceux qui ont vécu cette époque peuvent comprendre cela. Par exemple, lorsque pour la première fois la radio diffusait le mevlit (chants religieux en l’honneur de la naissance du Prophète Muhammad (saw)), j’avais vu des grandes foules s’amasser dans les cafés pour écouter le programme de la radio. Les gens plongés dans une recherche profonde s’arrêtaient et écoutaient le chant. Je pense à ce sujet que les gens désiraient s’accrocher les uns aux autres, et cela avec ou sans Hamidullah. Les gens se sont accrochés à eux, par exemple, ceux de la Faculté de Théologie d’Ankara se sont agrippés à Muhammed Tawid Tanji, tandis que ceux de la Faculté de Langue de l’Université d’Istanbul se sont cramponnés à Muhammed Hamidullah.

Ce n’est pas le seul à avoir dépassé les difficultés de l’enseignement, mais il fait partie des plus importantes figures parmi ceux qui ont apporté des solutions. Il a énormément contribué aux travaux de recherche en Turquie.

Tous les Prophètes ont transmis l’Islam. On parle de religion Musawi (juive), Isawi (chrétienne), Ibrahimî, mais toutes représentent l’Islam. Hamidullah défend que depuis Adam, la totalité des prophètes constitue une chaîne de la même religion, dont le dernier maillon est Muhammad (saw). Il nous est impossible d’imiter son caractère prophétique, car la prophétie et la révélation ont pris fin avec le dernier des prophètes. Par contre, il nous est possible de prendre exemple sur lui dans la vie de tous les jours, dans divers domaines, tels que la vie familiale, la vie sociale, la vie économique ou l’enseignement.

Y a-t-il une différence entre la méthode de Hamidullah et les autres dans sa présentation du Prophète (a.s.) ?

Je peux le dire ainsi ; Hamidullah présente dans un premier temps le Prophète comme une personne né à La Mecque ayant pour père Abdullah et mère Amina, un enfant qui vit en société et grandit, une simple personne. Puis Dieu le choisit pour transmettre la révélation divine. Hamidullah soutient que la seule religion depuis Adam est l’Islam. Tous les Prophètes ont transmis l’Islam. On parle de religion Musawi (juive), Isawi (chrétienne), Ibrahimî, mais toutes représentent l’Islam. Hamidullah défend que depuis Adam, la totalité des prophètes constitue une chaîne de la même religion, dont le dernier maillon est Muhammad (saw). Il nous est impossible d’imiter son caractère prophétique, car la prophétie et la révélation ont pris fin avec le dernier des prophètes. Par contre, il nous est possible de prendre exemple sur lui dans la vie de tous les jours, dans divers domaines, tels que la vie familiale, la vie sociale, la vie économique ou l’enseignement. Ainsi que le stipule le Coran, il y a pour nous une exemplarité dans les Prophètes. Cette exemplarité est liée à une logique (de cause à effet). Il ne nous incombe pas de chercher à lui ressembler concernant les miracles ou la révélation. Ces qualités appartiennent uniquement aux prophètes. Par contre, nous avons la responsabilité d’atteindre la réussite en mettant en place les conditions qui auront pour effet notre réussite. Et pour cela nous prenons exemple sur le Prophète (saw), la biographie commence d’ailleurs par cela. C’est le Coran qui fixe et dirige nos actes. Le Coran renferme les normes générales et c’est à partir de ces règles globales que nous pouvons et devons former notre organisation sociale et individuelle

En conclusion, Hamidullah désirait présenter le Prophète dans une logique. Il a vraiment très bien présenté la relation du Prophète avec la révélation, mais son exemplarité suit une logique de cause à effet. Hamidullah est d’avis que c’est dans la sira (biographie) que nous allons trouver les exemples du Prophète (saw) à imiter.

 

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